La réduction des émissions des véhicules a permis d'éviter des milliers de décès aux États-Unis ces dernières années, selon une analyse scientifique récente.
Des chercheurs ont croisé des données sur les émissions et des statistiques épidémiologiques pour estimer que les décès liés à la pollution de l'air provenant des voitures, camions et autres véhicules ont diminué de 27 700 en 2008 à 19 800 en 2017. Cette amélioration a généré 270 milliards de dollars de bénéfices en 2017 uniquement, en tenant compte de la réduction de la mortalité et des émissions de gaz à effet de serre évitées.
Cependant, si les émissions des camions lourds ont fortement baissé, les progrès sont plus modestes pour les véhicules légers, surtout en zones urbaines. Les résultats soulignent la nécessité d'efforts supplémentaires pour atténuer le fardeau sanitaire disproportionné des émissions routières dans les villes, comme rapporté le 13 décembre dans Proceedings of the National Academy of Sciences.
"Cela renforce les arguments en faveur d'alternatives comme les véhicules électriques, les transports en commun renforcés, le vélo ou la marche", explique Ernani Choma, chercheur en santé environnementale à la Harvard T.H. Chan School of Public Health.
Les gaz d'échappement des véhicules contiennent de nombreux polluants, tels que le dioxyde de soufre, les oxydes d'azote et les particules fines (inférieures à 2,5 microns). Une exposition chronique à ces substances est associée à des troubles respiratoires (aggravation de l'asthme), des maladies cardiovasculaires et des décès prématurés. Certains gaz, comme le CO2, contribuent aussi au changement climatique.
Depuis l'adoption du Clean Air Act en 1970, les émissions de polluants par véhicule ont chuté jusqu'à 99 %, selon l'EPA. Malgré ces avancées, les émissions automobiles restent un enjeu majeur pour la santé publique et le climat, notent Choma et ses collègues.
Ils ont analysé les bénéfices de la baisse des émissions dans les États-Unis contigus de 2008 à 2017, en s'appuyant sur des données détaillées de l'EPA, des CDC et du Department of Health and Human Services. Ils ont évalué l'impact des particules fines sur la mortalité par groupe d'âge.
Les émissions des véhicules ont causé 19 800 décès en 2017, contre 27 700 estimés en 2008. Dans un scénario hypothétique où les émissions par mile restaient à leurs niveaux de 2008, 48 200 décès auraient eu lieu en 2017. Les normes plus strictes ont donc évité près de 28 400 morts cette année-là.
"L'effet aurait été bien plus important", souligne Choma. Parmi les facteurs : une population vieillissante plus vulnérable et la hausse des SUV et camionnettes.
"Si ces tendances se poursuivent, des politiques plus strictes seront nécessaires pour progresser davantage", ajoute-t-il.
L'équipe a aussi calculé le "coût social" des émissions, basé sur la valeur monétaire d'un risque de mortalité réduit et les impacts climatiques. En 2017, il s'élevait à 260 milliards de dollars ; sans progrès, il aurait atteint 530 milliards.
Les émissions des poids lourds ont baissé plus vite que celles des véhicules légers. Dans les zones métropolitaines, les voitures et SUV causent environ 30 % de décès de plus que tous les camions lourds réunis. "Ce sont les véhicules légers en ville qui pèsent lourd maintenant", précise Choma.
Une limite : l'étude porte sur l'impact global, mais les inégalités persistent. "Les minorités raciales et ethniques subissent une exposition accrue. Des politiques ciblées pourraient réduire ces disparités", conclut-il.
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