Le sommet d'une montagne au Chili a été dynamité pour accueillir le plus grand télescope au monde, l'Extremely Large Telescope (ELT) de l'Observatoire européen austral (ESO).

Un détonation massive a marqué le lancement d'un projet scientifique d'envergure jeudi soir. Le sommet du Cerro Armazones au Chili a été explosé afin de préparer le terrain pour l'European Extremely Large Telescope (E-ELT), dont le coût s'élève à environ 1 milliard d'euros et dont la mise en service est prévue pour 2028.
D'une simple pression sur un bouton, 5 000 mètres cubes de roche ont été délogés. Ce n'est que le début des travaux pour installer le télescope de 39 mètres de diamètre et son immense dôme. Au total, 220 000 mètres cubes de roche seront évacués pour créer une plateforme de 150 m sur 300 m. L'E-ELT deviendra alors "le plus grand œil sur le ciel" au monde.
L'explosion a réduit la hauteur du Cerro Armazones, culminant à 3 064 mètres, d'environ 40 mètres. Près d'un million de tonnes de roche ont été pulvérisées. Ce projet ambitieux de l'ESO, regroupant quinze pays dont les Pays-Bas et la Belgique, est implanté dans le désert chilien pour son air sec et ses nuits claires quasi permanentes, idéales pour l'observation astronomique.
Le professeur Ignas Snellen, de l'université de Leiden et impliqué dans le projet, exprime son enthousiasme : « L'E-ELT sera bien plus puissant que les instruments actuels. Les observations pourraient être cent à mille fois plus précises. »
Parmi ses objectifs phares : la recherche d'exoplanètes potentiellement habitables, un Graal de l'astronomie. Dans la Voie lactée seule, environ 500 millions de planètes orbitent à la distance idéale de leur étoile. Des milliards de galaxies similaires existent.
Spécialiste des traces de vie extraterrestre, Snellen explique : « Nous ne voyons pas la vie directement, mais analysons les gaz atmosphériques à distance. Sur Terre, vue de loin, on détecterait l'oxygène lié à la biosphère. L'E-ELT permettra de traquer de tels marqueurs sur d'autres mondes. »
Les télescopes actuels ne détectent que des géantes gazeuses comme Jupiter, trop massives pour abriter la vie. « Nous avons déjà mesuré monoxyde de carbone, méthane et vapeur d'eau sur ces planètes. Mais les terrestres sont bien plus petites et difficiles à observer », précise Snellen.
En confidence, il rêve de preuves de vie ailleurs : « Découvrir une biosignature sur une exoplanète terrestre changerait notre vision de l'humanité pour des décennies. » (anp, ee)