La Chine a lancé mardi un satellite révolutionnaire dédié à des expériences quantiques inédites.

Depuis le début du XXIe siècle, le monde de la physique quantique est en pleine effervescence. Les chercheurs s'efforcent de séparer des photons – ces particules de lumière produites ensemble et corrélés dans leurs propriétés, comme la polarisation – sur des distances toujours plus grandes. Jusqu'ici, le record atteignait 300 kilomètres, réalisé via un câble à fibre optique.
En théorie, des photons aussi éloignés ne devraient plus pouvoir "s'informer" mutuellement de leurs propriétés, surtout lors de leur mesure, sans violer la limite absolue de la vitesse de la lumière dans le vide. Pourtant, des expériences montrent qu'ils le font malgré tout, via un mystérieux transfert instantané d'informations : l'intrication quantique, un phénomène encore mal compris par les théoriciens.
Mardi dernier, la Chine a mis en orbite le satellite QUESS (Quantum Experiments at Space Scale), positionné à 500 kilomètres d'altitude. Pendant deux ans, il générera des paires de photons infrarouges, enverra un photon vers une station au Xinjiang (Ouest) et l'autre vers une station près de Pékin. À la détection, les photons seront séparés de 1 200 kilomètres – un bond spectaculaire par rapport au record actuel, si l'expérience réussit.
Ce projet n'est pas anodin. Selon Anton Zeilinger, physicien autrichien pionnier de l'intrication quantique, la Chine investit massivement pour dominer la recherche en information quantique et le développement des ordinateurs quantiques. Dans une interview à Eos début d'année, il évoquait déjà l'ambition chinoise de créer sa propre "Quantum Valley".