Les agences spatiales s'inquiètent de la menace grandissante des débris spatiaux. « Les petits morceaux sont souvent les plus dangereux », soulignent les experts.
La Russie a peut-être testé une arme anti-satellite sur Kosmos-1408, un satellite soviétique abandonné de deux tonnes. Cela a généré plus de 1 500 débris, forçant l'équipage de la Station spatiale internationale (ISS) à se réfugier dans les capsules Soyouz. De tels incidents risquent de se multiplier. La pollution spatiale, loin de se limiter à ces tests, représente un problème majeur.
Le Bureau des débris spatiaux de l'Agence spatiale européenne (ESA) recense environ 34 000 objets de plus de 10 cm sur les orbites terrestres, 900 000 entre 1 et 10 cm, et 128 millions de moins d'1 cm.
Les micro-débris sont particulièrement redoutables : difficiles à traquer, ils échappent souvent aux radars. « Parfois, nous les détectons trop tard car ils sont trop petits, tournoyants ou plats pour réfléchir la lumière », explique Frank De Winne, ancien astronaute belge et unique Belge à bord de l'ISS, aujourd'hui directeur du programme ISS à l'ESA.
Les collisions entre débris et satellites actifs deviendront la principale source de pollution spatiale.
L'impact des petits débris ne doit pas être sous-estimé. « L'énergie cinétique prime sur la masse, avec des vitesses relatives orbitales extrêmes. Une petite hélice peut ainsi gravement endommager un satellite », précise Ward Munters, expert en débris et droit spatial à la KU Leuven.
Ce danger s'est concrétisé au printemps dernier : le 12 mai, un trou de plusieurs centimètres a été découvert dans le bras robotique Canadarm de l'ISS, causé par un débris. L'origine reste inconnue, mais l'incident a alerté les agences comme l'Agence spatiale canadienne sur l'aggravation de la pollution orbitale.
Face à un débris détecté, des protocoles stricts s'appliquent à l'ISS. « Nous évaluons sa position. Si nécessaire, nous ajustons l'orbite de la station », détaille De Winne.
« Si la trajectoire est imprévisible ou détectée trop tard, l'équipage se réfugie dans les Soyouz, qui font office de canots de sauvetage. Toutes les écoutilles sont fermées pour isoler le module impacté », ajoute-t-il. « L'ISS dispose de boucliers protégeant les zones habitées contre des débris jusqu'à 1 cm », complète Munters.

Février 2004 : un boulon à œillet de 5 cm flotte dans l'espace après s'être détaché d'un cargo lors d'un amarrage à l'ISS.
Les opérateurs commerciaux, comme SpaceX avec ses constellations de satellites, accentuent le risque. La NASA s'inquiète du projet AST & Science : 243 satellites géants pourraient heurter ses propres engins.
« Nous craignons moins pour l'ISS que pour les satellites essentiels à notre économie, navigation, observations et télécoms », confirme De Winne pour l'ESA.
Une seule collision peut générer des milliers de fragments.
L'ESA prévoit que ces collisions surpasseront bientôt les pollutions par carburants. Les mega-constellations menacent les orbites basses, avec des répercussions économiques mondiales.

1996 : débris spatiaux fissurant une fenêtre de la navette Columbia (mission STS-80).
Dans le pire scénario, des orbites deviendraient inutilisables, comme dans Gravity (2013), où une destruction initiale déclenche une cascade de collisions – le syndrome de Kessler.
Cette théorie postule une densité orbitale critique générant collisions et nouveaux débris en boucle. « Contrairement au film, cela se déroule sur des décennies, mais une explosion propage des milliers de fragments en heures », nuance Munters. « L'espace pacifié ? Les satellites militaires sont des cibles potentielles en cas de conflit. »
Personne ne sait ce qui est autorisé à 100 km d'altitude.
Aucune régulation claire n'existe. « Négociations internationales bloquées sur 'trafic spatial' ou armes orbitales », regrette Munters, impliqué dans un projet UE.
On attendrait qu'on apprenne des erreurs passées, comme le climat.
« Débris spatiaux : urgence de coopération et lois internationales. La science alerte, les politiques décident », insiste De Winne. L'ESA avance via CleanSpace pour nettoyer les orbites, inscrivant le dossier à l'agenda mondial.
Cet article adapte une vérification des faits issue d'une collaboration entre étudiants en journalisme KU Leuven et Eos, publiée sur factcheck.vlaanderen.