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Les records du monde en athlétisme approchent-ils de leur limite absolue ?

Les athlètes d'élite repoussent progressivement les limites physiologiques du corps humain. Dans quelques décennies, il sera impossible d'aller plus vite, plus haut ou plus fort sans aide technologique.

Lorsque le baron Pierre de Coubertin a relancé les Jeux olympiques modernes en 1896, il a initié une vaste expérience : la quête des performances humaines ultimes, encadrée par des règles strictes. La mesure objective du temps et de la distance permet de comparer les générations.

L'athlétisme est le sport idéal pour cela. « Hormis des avancées invisibles comme de meilleures méthodes d'entraînement, cette discipline olympique originelle a peu évolué grâce à la science ou la technologie », explique Bert Otten, professeur de neuromécanique et de prothèse à l'université de Groningue. « Les courses restent simples : une ligne de départ, une ligne d'arrivée, et le défi de courir le plus vite possible. Le terrain, les chaussures et les vêtements n'ont guère changé. La progression repose essentiellement sur l'humain. »

Citius, altius, fortius Le record du monde du 100 mètres masculin est une seconde plus rapide qu'en 1912 – une éternité en sprint. Le marathon a perdu près d'une heure, le lancer du poids gagne 8 mètres. Comme l'espérait Coubertin. « Cela ne signifie pas une amélioration biologique de l'espèce, stable génétiquement depuis 15 000 ans. C'est l'expression génétique qui progresse via la culture, bien plus rapide que l'évolution naturelle », ajoute Otten.

Les héros sportifs inspirent via légendes et médias. Les politiques promeuvent le sport pour la santé et le rayonnement national. La population mondiale est passée de 1,5 à 9 milliards, avec plus de pays prospères favorisant le sport. Aux JO de 1896 : 241 athlètes de 14 nations. À Londres 2012 : 10 500 de 204 pays. Plus de talents = meilleurs gènes sélectionnés. Depuis 1900, athlètes et nageurs ont grandi de 11-16 cm, surpassant les fans de 5 cm.

Les sciences du corps humain ont explosé : analyses techniques, nutrition, partage d'expériences. Même le dopage a contribué. Appliquées aux meilleurs athlètes, ces avancées font bondir les records.

Prochain record : 9,51 secondes ? Depuis 20 ans, les records stagnent. Lancer du poids et saut en longueur hommes inchangés depuis 1990 ; 100 m femmes depuis 1988 (souvent lié au dopage). Une étude française de 3 263 records (1896-2007) conclut : en 1896, 75 % du potentiel humain ; en 2007, 99 %. D'ici 2027, la moitié des records n'évoluera que de 0,05 %.

L'économètre néerlandais John Einmahl (Tilburg) prédit via statistiques : 9,51 s hommes (actuel 9,58 s Usain Bolt), 10,33 s femmes (actuel 10,49 s). « Estimation ponctuelle, comme une prévision météo avec marge : 9,21 s possible, mais pas beaucoup plus rapide. »

Preuves chez chevaux et lévriers : après optimisation (sélection, nutrition, entraînement), plateau atteint. « Chez l'humain aussi, nos gènes codent un potentiel fixe. Entraînement optimal = limite supérieure », dit Otten.

Sprints progressent moins que fond : fibres rapides et réaction nerveuse (irréductibles) vs endurance améliorables.

Croissance démographique future n'impactera plus (Sheffield Hallam). Peter Hespel (KU Leuven) nuance : potentiel féminin, Africains/Asiatiques, pygmées (musclés, adaptés gymnastique/cyclisme).

Améliorations de mesure (1975 : auto vs manuel = +0,2 s) créeront de micro-records.

Spectacle en maillot de bain Équipements évoluent. Record heure vélo Merckx (1972) pulvérisé par Boardman (1996) via tech ; UCI a régulé. Maillots-mousse natation (2008-2009) : 43 records à Rome, +6 % vitesse. Interdits en 2010, records conservés ; 90 % intouchables.

"Ces limites technologiques préservent la comparabilité et le naturel ", dit Hespel. L'avenir dépendra du curseur tech/naturelle. Sinon, adieu Citius, altius, fortius ?

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