L'étude néerlandaise ayant rendu le virus mortel H5N1 transmissible par voie aérienne chez les furets a été publiée dans la revue Science, après des mois de débats éthiques intenses.

La revue Science publie l'étude controversée sur un virus de grippe aviaire modifié. Ces derniers mois, une vive discussion éthique a opposé scientifiques et autorités sur l'expérience rendant le virus H5N1 transmissible aux mammifères.
Le virologue Ron Fouchier et son équipe d'Erasmus MC à Rotterdam ont introduit cinq mutations dans le génome du virus H5N1, communément appelé virus de la grippe aviaire. Trois mutations ont été délibérément créées en laboratoire, les deux autres survenues spontanément. Ces changements ont permis une transmission aérienne chez le furet, modèle animal de référence pour l'étude des virus respiratoires.
À ce jour, le H5N1 a causé 357 décès sur 606 cas confirmés d'infection humaine depuis 2003, sans transmission interhumaine observée. Cette étude démontre qu'un virus similaire pourrait, en théorie, déclencher une pandémie sans nécessiter de recombinaison avec d'autres souches, car ces mutations existent déjà individuellement ou en combinaison dans la nature.
La bonne nouvelle : les antiviraux et vaccins existants s'avèrent efficaces contre cette forme modifiée chez les furets, et potentiellement chez l'humain.
Menace bioterroriste ?
Cette recherche a suscité une vive controverse. Certains redoutent son utilisation par des bioterroristes, d'où un moratoire initial sur sa publication complète. Le Conseil américain de biosécurité (NSABB) s'y est d'abord opposé, avant d'autoriser sa diffusion. La publication ouverte permet toutefois à la communauté scientifique mondiale de développer des contre-mesures efficaces.
Ron Fouchier rassure : « Nos travaux s'effectuent dans des laboratoires de haute sécurité, sous supervision des gouvernements néerlandais et américain. Recréer ce virus comme arme biologique est hautement improbable. De plus, notre souche n'est pas létale : aucun furet infecté n'est décédé, et sa propagation aérienne reste limitée. Même en cas d'échappement, le risque reste faible. » (rvb)
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