Le bio-ingénieur Emiel Michiels développe une technologie rapide et ciblée contre les virus nouveaux et émergents.
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L'agrégation de protéines, sujet des recherches d'Emiel Michiels, peut sembler abstrait. « Tout le monde le connaît pourtant », explique ce bio-ingénieur de la KU Leuven. « Lorsque vous faites bouillir un œuf, les protéines liquides se solidifient et s'agglutinent. »
« Avec cette technologie, nous disposons d'un outil potentiel pour combattre les infections virales. » Emiel Michiels
L'agrégation de protéines joue un rôle positif dans l'organisme, comme pour stocker et libérer des hormones. Mais elle peut devenir problématique dans des maladies comme Alzheimer ou le diabète de type 2, où des mutations provoquent une accumulation involontaire.
Michiels et ses collègues de la KU Leuven étudient ce mécanisme. Ils ont découvert qu'il concerne souvent des copies d'une même protéine, inspirant une idée : exploiter ce processus pour inhiber la replication virale.
Contrairement à la chaleur qui coagule un œuf à la coque, l'équipe utilise des molécules courtes pour induire l'agrégation des protéines virales. « Les virus dépendent d'un petit nombre de protéines essentielles à leur reproduction », précise Michiels. « En les agrégeant, nous les rendons inactives et paralysons le virus. »
Vidéo : Emiel Michiels explique ses recherches.
Certaines régions protéiques virales sont particulièrement sensibles à l'agrégation. L'équipe a identifié ces sites dans divers virus. « Les virus ont peu de protéines, mais multifonctionnelles, ce qui les rend vulnérables. »
Ils ont ensuite créé des mini-protéines ciblées, formant une boîte à outils adaptable à tout virus.
Ces régions sont souvent spécifiques aux virus, préservant les protéines humaines, comme confirmé sur le virus de la grippe.
Cette boîte à outils n'est pas un vaccin préventif, mais un traitement pour patients infectés.
Face aux mutations rapides, l'approche est flexible : séquençage génétique rapide, identification des sites sensibles et synthèse de molécules adaptées.
Vidéo : Emiel Michiels vous guide dans son laboratoire.
L'objectif est un arsenal thérapeutique contre les infections virales. « Efficace chez la souris, sa sécurité humaine reste à prouver », note Michiels. « Une fois validée, ce sera un nouvel atout majeur. »
La technologie s'étend déjà via Aelin Therapeutics (spin-off VIB-KU Leuven) contre bactéries et cancers, basée sur leurs travaux.
Michiels, désormais à l'Institut Rega, teste l'approche contre le SARS-CoV-2 et vise Alzheimer.
Emiel Michiels (1992) est ingénieur en biosciences (KU Leuven). Au Switch Lab (VIB-KU Leuven, dir. Joost Schymkowitz et Frederic Rousseau), il étudie l'agrégation protéique dans Alzheimer et développe une technologie virale, testée contre le coronavirus.