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Un virus « cheval de Troie » force les cellules cancéreuses à s'autodétruire

Une technologie innovante utilise le corps pour délivrer localement des médicaments anticancéreux, éliminant les cellules tumorales de l'intérieur.

Image : Laboratoire de Plückthun

Comme le cheval de Troie dans la mythologie grecque, un virus modifié pénètre discrètement les cellules cancéreuses pour y déployer son arsenal thérapeutique. Les chercheurs suisses ont adapté un adénovirus, un virus respiratoire courant, pour qu'il agisse tel un cheval de Troie. Il transporte des gènes thérapeutiques directement dans les cellules tumorales, à l'insu du système immunitaire.

Une fois à l'intérieur, ces gènes servent de matrice pour que les cellules cancéreuses produisent elles-mêmes des substances létales, comme l'anticorps trastuzumab (Herceptin®), un traitement cliniquement validé. Les tumeurs sont ainsi détruites de l'intérieur, avec un impact minimal sur les cellules saines, contrairement à la chimiothérapie ou à la radiothérapie.

Dans des expériences sur des souris, l'équipe a démontré que cette approche expose les cellules tumorales à des concentrations d'anticorps bien plus élevées qu'une injection classique, tout en réduisant drastiquement les niveaux dans le sang et les tissus sains, limitant ainsi les effets secondaires.

Économies de coûts et perspectives

Le Pr Hidde Haisma, professeur de modulation génique pharmaceutique à l'Université de Groningue, commente : « Les chercheurs ont combiné un adénovirus protégé du système immunitaire avec une délivrance ciblée dans les tumeurs. Cette approche unique utilise un virus similaire à celui du vaccin Janssen contre le Covid-19. Produire l'anticorps sur place par le corps du patient pourrait révolutionner les coûts et l'efficacité, en concentrant le médicament directement dans la tumeur. »

Le Pr Rob Hoeben, expert en transfert de gènes au Centre médical universitaire de Leiden, ajoute : « Exprimer un anticorps connu par les cellules tumorales est une idée originale et prometteuse. Cependant, les adénovirus induisent souvent une réponse immunitaire forte, limitant les administrations répétées. Reste à prouver si cette méthode surpasse l'injection directe en termes d'efficacité clinique. »

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