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Virus de grippe porcine à potentiel pandémique : trois questions essentielles

Dans la revue scientifique PNAS, des chercheurs rapportent avoir identifié, dans des échantillons prélevés sur des porcs chinois entre 2011 et 2018, un virus de la grippe porcine présentant "toutes les caractéristiques d'un candidat à une pandémie".

Qu'est-ce qui rend ce virus si particulier ?

"Ce virus résulte d'un mélange de trois souches grippales", explique Kristien Van Reeth, experte en virus de la grippe porcine à l'Université de Gand. "Il possède les protéines de surface du virus avian-like H1N1, d'origine aviaire, circulant chez les porcs européens depuis 1979 et propagé en Asie. Il intègre aussi des gènes du virus H1N1 de la grippe porcine de 2009 et un gène d'une autre souche porcine."

De nombreux virus grippaux circulent chez les porcs et peuvent se recombiner, générant de nouvelles variantes. "Un tel mélange entre H1N1 aviaire et virus mexicain n'est pas inédit", note Van Reeth. "Ces recombinaisons sont de plus en plus fréquentes. Les gènes porcins favorisent la réplication des virus animaux chez l'humain, mais seule la pandémie de 2009 en a résulté jusqu'ici."

Quel est le niveau de dangerosité de ce virus ?

"Presque toutes les variantes grippales porcines peuvent infecter l'homme", précise Van Reeth. "Chaque année, des cas humains sont confirmés, surtout aux États-Unis où la surveillance est optimale. Ces infections restent généralement isolées, avec des symptômes légers. Pour une pandémie, une transmission interhumaine efficace est requise, mais les propriétés exactes restent méconnues."

Les chercheurs chinois ont démontré une transmission entre furets, modèle animal standard pour l'étude des virus grippaux. "C'est un signal d'alerte", commente Van Reeth. "D'autres variantes porcines y sont parvenues sans causer de problèmes humains."

Chez 90 % des personnes testées, aucun anticorps n'a été détecté. "La population est donc majoritairement sensible", analyse l'experte. "Les anticorps observés chez certains pourraient provenir d'infections antérieures par des H1N1 humains."

Et maintenant, que faire ?

Les chercheurs plaident pour une surveillance accrue. Van Reeth approuve : "Il est impératif de mieux monitorer les virus grippaux porcins mondialement. Identifier précocement les variantes à risque permet de développer vaccins et traitements avant toute pandémie. Hélas, le financement reste un défi majeur."

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