Dans notre quête incessante de performance accrue, plus rapide et plus efficace, le cerveau est devenu une cible privilégiée. L'amélioration cognitive désigne l'ensemble des méthodes, techniques ou substances visant à optimiser nos capacités intellectuelles. Mais jusqu'où pouvons-nous, et surtout voulons-nous, aller ?
Laura Steenbergen, chercheuse à l'Université d'Amsterdam, explore le potentiel humain avec une approche à la fois personnelle et professionnelle. « Mon objectif est d'améliorer nos performances cognitives de manière saine et sécurisée », explique-t-elle.
L'un des premiers leviers d'amélioration cognitive est l'éducation, souvent sous-estimée comme un véritable entraînement cérébral. Par ailleurs, méditation, café ou médicaments sont couramment utilisés pour booster les fonctions cognitives. Ces dernières années, la stimulation cérébrale s'est ajoutée à cette liste pour optimiser le traitement de l'information dans notre cerveau.
Initialement développée pour les patients, la stimulation cérébrale est désormais testée chez les personnes en bonne santé afin d'améliorer la mémoire de travail. La tDCS (stimulation transcrânienne à courant continu) est une technique non invasive : un courant électrique constant est appliqué au cortex via des électrodes posées sur le crâne, modulant l'activité neuronale selon la polarité.
Des résultats prometteurs ont été observés en laboratoire avec des appareils certifiés CE. Chez des sujets soigneusement sélectionnés, la mémoire de travail s'améliore significativement. « Notre équipement coûte environ 25 000 euros, et les chercheurs suivent 30 heures de formation pour une utilisation sécurisée », précise Laura Steenbergen.
À côté des dispositifs professionnels, des appareils commerciaux comme le casque foc.us ont émergé. « Nous avons testé ce modèle à 250 dollars : au lieu d'améliorer la mémoire, elle s'est détériorée chez nos sujets. Le produit a depuis été retiré du marché ».
Appliquer des courants électriques au crâne sans expertise est donc risqué. « Beaucoup prolongeaient les sessions à une heure, voire deux, sans résultat, aggravant les effets. Plus de stimulation ne signifie pas meilleur résultat », met en garde l'experte. Les scientifiques jouent ainsi un rôle de casseurs de mythes : « Il nous incombe d'évaluer les promesses commerciales et d'informer le public ».
La stimulation cérébrale à domicile reste prématurée, mais pas impossible à l'avenir. « De nombreuses recherches sont nécessaires. Si elle devient viable, des enjeux éthiques surgiront : obligeriez-vous un employé à s'y soumettre pour plus d'efficacité ? Ne creuserait-elle pas les inégalités, accessible seulement aux plus aisés ? Une réflexion prudente s'impose ».
Laura Steenbergen voit un fort potentiel préventif : « Stimuler les personnes à risque de dépression pourrait prévenir la maladie, bénéfique pour l'individu et économiquement rentable pour la société ».
Le 16 juin, le Dr Laura Steenbergen a donné une conférence sur l'amélioration cognitive lors de l'événement annuel Bessensap à Amsterdam. Inscrivez-vous ici.
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