Le cancer du côlon figure parmi les cancers les plus fréquents et les plus mortels. Bonne nouvelle : une détection et un traitement précoces permettent souvent une guérison complète.
Pour vaincre le cancer du côlon, il est crucial de le détecter avant l'apparition de symptômes. Un diagnostic précoce offre 95 % de chances de guérison, contre seulement 10 % à un stade avancé. Malheureusement, la moitié des cas sont diagnostiqués trop tard.
« Le cancer du côlon passe souvent inaperçu très longtemps », explique le gastro-entérologue Luc Colemont, qui a quitté sa pratique pour se consacrer à la lutte contre cette maladie via l'ASBL Stop Bowel Cancer. « Les symptômes n'apparaissent qu'à un stade avancé, lorsque la tumeur obstrue partiellement le côlon : douleurs abdominales, crampes, diarrhée persistante, constipation ou envie irrépressible d'aller aux toilettes. Ces signes évoquent souvent d'autres affections bénignes. »

Tout individu présente un risque de 5 % de développer un cancer du côlon au cours de sa vie. Certains facteurs sont incontrôlables, d'autres liés au mode de vie peuvent être modifiés.
Absolument. Le cancer du côlon provient généralement d'un polype bénin dans le côlon, semblable à un chou-fleur. 90 % des polypes restent inoffensifs ; les 10 % restants peuvent évoluer, dont un quart vers une tumeur maligne. Un polype met 8 à 10 ans à devenir cancéreux.
Les polypes saignent facilement en raison de leurs vaisseaux fragiles, surtout en grandissant. Le test immunochimique des selles (TISO ou RSOSi) détecte l'hémoglobine humaine, distinguant le sang intestinal de celui d'aliments comme la viande.
« Un test positif ne signifie pas forcément un cancer », précise Luc Colemont. « Il peut indiquer des hémorroïdes ou une lésion bénigne. Une coloscopie chez un gastro-entérologue est alors recommandée. »
La Commission européenne encourage les États membres à généraliser le dépistage. En Flandre, depuis fin 2013, un kit TISO est envoyé tous les 2 ans aux 56-74 ans. Aux Pays-Bas, depuis 2014, il cible les 55-75 ans par phases. La participation est gratuite et volontaire : 50 % en Flandre, 68 % aux Pays-Bas en 2014 (objectif européen : 45 %).
Les 50-55 ans flamands attendent encore par manque de fonds, tandis que les plus de 75 ans ne sont pas inclus, les bénéfices étant moindres face aux risques. Ils peuvent toutefois consulter leur médecin.
En Belgique, l'autotest FOB (sans ordonnance en pharmacie) permet de prélever un échantillon de selles avec une brosse. Un résultat positif nécessite un avis médical ; un négatif n'exclut pas un risque futur. Répétez-le tous les 2 ans.
Une étude de Samantha Hendren (Université du Michigan, publiée dans Cancer) sur 258 024 patients américains révèle que 15 % des cancers du côlon touchent les moins de 50 ans, souvent à un stade avancé.
Cependant, selon les experts, un dépistage de masse n'est pas justifié. « Le risque explose après 50 ans. Les cas jeunes sont rares et souvent génétiques ; un dépistage ciblé est préférable », note le Pr Peeters.
Adopter un mode de vie sain réduit significativement le risque. L'étude de Helene Kirkegaard (Université d'Aarhus) sur 55 487 Danois (50-64 ans) attribue un score de 0 à 5 selon : non-fumeur, ≥30 min d'exercice/jour, régime riche en fruits/légumes (≥600 g/jour), faible en viande rouge/transformée (≤500 g/semaine), fibres abondantes, faible en gras ; pour les femmes <7 verres d'alcool/semaine et tour de taille <88 cm, hommes <14 verres et <102 cm.

Suivis 10 ans, les participants au score maximal avaient 58 % de risque en moins. 23 % des cancers pourraient être évités.
« Convaincre les jeunes d'adopter ces habitudes dès maintenant pourrait prévenir beaucoup de souffrances, car les anomalies cellulaires débutent 15-20 ans avant », insiste Luc Colemont.