FRFAM.COM >> Science >> Santé

Autisme : trois mythes persistants démystifiés par la science

Dans les films et à la télévision, les personnes autistes sont souvent dépeintes comme des génies excentriques. Mais sont-elles vraiment insensibles et surdouées ? Examinons trois idées fausses courantes sous la loupe scientifique.

1. Les personnes autistes n'ont pas d'émotions

Les interactions sociales comme les conversations, le contact visuel ou les câlins posent souvent difficulté aux personnes autistes. Chez les enfants, nouer des amitiés avec leurs pairs est ardu, et ils paraissent parfois indifférents. Cela alimente le mythe persistant d'une froideur émotionnelle totale.

Effectivement, les personnes autistes peinent à décoder les règles tacites de communication : expressions faciales, intonation ou langage corporel. Elles ne réagissent donc pas toujours à ces signaux non verbaux. Inversement, exprimer leurs propres émotions via ces canaux reste challenging dans un contexte social. Elles ressentent bel et bien des émotions comme tout un chacun, mais ne les communiquent pas de manière conventionnelle.

Elles rencontrent particulièrement des difficultés à identifier les émotions négatives comme la peur, selon une méta-analyse britannique portant sur 48 études. De nombreuses recherches montrent aussi une empathie cognitive moindre : se mettre à la place d'autrui demande plus de temps d'apprentissage.

Certaines études ne confirment pas cette distinction entre autistes et non-autistes, liée à la grande variabilité du trouble du spectre autistique (TSA).

L'équipe de Giorgia Silani (Université de Vienne) a testé des adultes autistes à haut fonctionnement (syndrome d'Asperger) et des témoins avec des dilemmes moraux classiques, comme le trolley problem : détourner un train d'une voie avec cinq personnes vers une seule, ou pousser une personne pour en sauver cinq.

La majorité opte pour sacrifier une vie à distance, mais hésite à agir directement. Les autistes se montrent même plus réticents dans ce cas, réfutant un manque d'empathie. Les chercheurs attribuent cela souvent à l'alexithymie – difficulté à identifier et décrire ses émotions –, un trait de personnalité fréquent chez les autistes, mais aussi chez d'autres.

2. Beaucoup de personnes autistes sont surdouées

Le cinéma, depuis Rain Man (1988), dépeint souvent les autistes comme des génies excentriques : mémoire encyclopédique ou calculs mentaux fulgurants.

Les autistes cultivent souvent des intérêts restreints et accumulent des connaissances pointues dans un domaine. Mais le "syndrome du savant" – talent exceptionnel isolé – n'est pas synonyme d'autisme : environ la moitié des savants sont autistes, pas l'inverse.

Une étude de 1978 sur 5 400 enfants autistes estimait ce taux à 10 %, mais des recherches récentes le chiffrent plus bas. Les savants non autistes ont souvent d'autres troubles développementaux.

Le premier savant documenté est Thomas Fuller (années 1780), génie mathématique calculant en 90 secondes l'âge en secondes d'un homme de 70 ans (2 210 500 800 s, bissextiles inclus).

Le concept est formalisé au XIXe siècle par John Langdon Down (1828-1896), éponyme du syndrome de Down. Aujourd'hui, on distingue savants "talentueux" (handicapés avec prouesses isolées) et "phénoménaux" (prodiges absolus, une centaine dans le monde).

3. Les vaccins causent l'autisme

Ce mythe, repris par les antivax, s'appuie sur l'étude frauduleuse d'Andrew Wakefield dans The Lancet (1998) : 12 enfants avec symptômes autistiques post-vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole).

Retractée en 2010 pour irrégularités éthiques et conflits d'intérêts (Wakefield financé par avocats et brevetant un vaccin alternatif), elle a été démentie par des dizaines d'études.

La méta-analyse Cochrane (2012) sur 14 millions d'enfants conclut à l'absence de lien. Une étude de 2015 (95 000 enfants) confirme : aucun risque accru.

En Belgique, le Conseil Supérieur de la Santé et le BCFI affirment l'absence de lien scientifique. Aux Pays-Bas, le Comité Vaccinations et l'Association néerlandaise de l'autisme recommandent la vaccination ROR.


[]