Le harcèlement scolaire est un sujet de plus en plus étudié, mais de nombreuses idées fausses persistent. En tant que chercheuse spécialisée dans l'intimidation à l'école depuis six ans, je démystifie ici les cinq mythes les plus courants.
Dans mes échanges, les gens évoquent souvent leurs souvenirs : ce garçon si malmené qu'on n'osait pas aider, ou cette fille qu'on taquinait en pensant qu'elle l'avait "cherché". Tout le monde a un avis sur le harcèlement. Pourtant, malgré les avancées scientifiques, des malentendus freinent souvent une intervention efficace. Voici les cinq idées fausses que j'entends le plus.
Certains harceleurs, notamment ceux victimes eux-mêmes, peuvent être impulsifs et peu sûrs d'eux. Mais les études montrent que beaucoup sont calculateurs. Leur but principal ? Gagner en statut social. En harcelant, ils se positionnent comme "cool" et "durs". Ils ciblent stratégiquement des victimes isolées, sans amis ni capacité de défense. Résultat : cela marche souvent, car les harceleurs jouissent d'une popularité, même si ce n'est pas de l'affection.
Les parents de victimes le souhaitent légitimement, mais les punitions sévères ne réduisent pas toujours le harcèlement. Pire, elles peuvent le renforcer : un harceleur récidiviste passe pour encore plus "cool".
Les enseignants doivent plutôt influencer les réactions des témoins – ces enfants qui observent sans agir. Ce sont eux qui valident ou non le gain de statut du harceleur. Si les témoins rient ou encouragent, cela renforce le comportement ; s'ils désapprouvent ou défendent la victime, le message est clair : le harcèlement n'est pas toléré.
La plupart des témoins veulent aider mais craignent de devenir la cible. Les former à intervenir de façon sûre et efficace est essentiel.
Ce conseil bienveillant est contre-productif. Selon le chercheur suédois Dan Olweus, le harcèlement implique une asymétrie de pouvoir : le harceleur est plus fort physiquement ou socialement. Riposter est risqué et souvent inefficace.
Les études ne montrent pas que la contre-attaque stoppe le harcèlement ; elle peut l'aggraver. De plus, cela reporte la responsabilité sur la victime, ce qui est injuste. Le harcèlement est un problème collectif à résoudre en groupe.
Certains pensent que les victimes en tirent une force durable. Si la résilience face aux épreuves est précieuse, le harcèlement n'est pas un bon maître : l'asymétrie de pouvoir empêche la défense, et la répétition cible la même personne.
Les recherches confirment des effets néfastes durables : solitude, anxiété, tristesse, et un risque accru de dépression à l'âge adulte.
Détecter le harcèlement est complexe : les harceleurs agissent discrètement, les formes subtiles passent inaperçues, et les victimes se taisent par honte ou peur. Les témoignages divergent souvent.
Peu importe : les enfants qui se sentent harcelés subissent les mêmes conséquences négatives. Le harcèlement est subjectif ; ignorer ce ressenti est contre-productif.
Les harceleurs cherchent un statut social supérieur, validé par les témoins. Punitions sévères ou ripostes individuelles échouent souvent ; mobiliser les témoins contre le harcèlement fonctionne. Les victimes n'en sortent pas plus fortes, mais marquées. Agissez sur le ressenti : c'est la clé. []