Le don de sang peut accélérer les avancées dans la recherche sur la démence, y compris pour les personnes en bonne santé.

« Si vous voulez éviter absolument la démence, ne vieillissez pas », plaisante la professeure Christine Van Broeckhoven, directrice du département de génétique moléculaire à l'Université d'Anvers et au VIB. Cette maladie, regroupant divers troubles affectant le traitement de l'information dans le cerveau, touche 10 % des plus de 65 ans, plus d'un quart des plus de 80 ans et un tiers des plus de 90 ans. Plus de deux cas sur trois sont dus à la maladie d'Alzheimer. En Belgique, environ 200 000 patients sont atteints, dont plusieurs milliers par une démence à début précoce (avant 65 ans). Le risque individuel est d'environ un sur quatre.
Derrière l'humour, la professeure Van Broeckhoven prend la question très au sérieux. Depuis plus de 25 ans, elle sillonne la Flandre pour des conférences et répondre aux interrogations du public. « C'est mon devoir en tant que scientifique : informer sur l'avancement de la recherche », affirme-t-elle. Au-delà de l'information, elle recrute des volontaires sains, essentiels pour être comparés aux patients.
Signature génétique
Malgré le vieillissement de la population qui devrait doubler le nombre de cas d'ici 2050, une majorité de seniors échappe à la maladie. Ces « résistants » sont cruciaux pour la recherche, tout comme les patients.
La génétique de la démence est complexe : certains défauts héréditaires provoquent des formes précoces, tandis que des variations augmentent le risque tardif. Pour étudier ces variations, la professeure Van Broeckhoven compare l'ADN des patients à celui de sujets témoins sains. « Nous cherchons la ‘signature génétique’ des risques accrus », explique-t-elle. Une étude robuste nécessite 2 à 3 fois plus de témoins que de patients pour éliminer les biais aléatoires, soit des milliers de participants.
Auparavant, les recruteurs se tournaient vers les maisons de retraite ou les proches des patients, mais les échantillons étaient limités et peu coordonnés. Aujourd'hui, lors de conférences et journées portes ouvertes au labo (deux fois par mois), l'équipe motive les volontaires. Les jeunes chercheurs expliquent leurs travaux, créant un lien humain enrichissant.
Et si…
Un test de mémoire et un entretien sur l'historique médical familial sélectionnent les sujets à faible risque. « Pas de diagnostic ici », précise le Dr Sara Van Mossevelde, responsable du recrutement. « Le test n'est pas diagnostique ; nous ne communiquons jamais les scores pour éviter l'anxiété. Consultez votre médecin si inquiétude. »
L'ADN est extrait d'un prélèvement sanguin. Face aux craintes de « mauvaises nouvelles », le consentement permet d'être informé via son médecin en cas de découverte pertinente (ex. : défaut héréditaire rare ; 80 % optent pour cette option).
Anonymat assuré
Les données sont anonymes ; seuls quelques chercheurs accèdent aux noms. Toute suppression est possible à demande.
Les fruits sont déjà là : 22 variantes génétiques identifient les risques Alzheimer, classant patients en groupes faible/haut risque pour suivi et essais cliniques.
Van Broeckhoven précise : ces variants augmentent le risque mais ne le causent pas seuls. Suivi idéal pour étudier les premiers signes et tester nouveaux traitements.
Des gènes aux médicaments
Ses découvertes sur les gènes amyloïdes (amas toxiques) inspirent des thérapies. Récents essais américains avec l'aducanumab (phase 1) réduisent ces amas chez 165 sujets ; phases suivantes en cours.
Mots croisés et prévention
Question phare : « Comment prévenir ? » Réponse : mode de vie sain (cœur = cerveau). Activité mentale/physique retarde la maladie. Pas besoin de mots croisés forcés ; lisez, bougez, socialisez. Idéal pour les grands-parents !
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