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7 questions essentielles sur la démence et la maladie d'Alzheimer : réponses d'un expert

La démence et la maladie d'Alzheimer sont-elles synonymes ?

Non. La démence désigne un ensemble de symptômes causés par diverses pathologies. Ces symptômes incluent des troubles cognitifs (difficultés de mémoire, d'attention, de langage, de raisonnement), des changements de comportement et de personnalité, ainsi que des problèmes dans les activités quotidiennes comme cuisiner ou s'habiller.

La maladie d'Alzheimer est la cause la plus fréquente de démence, représentant sept cas sur dix. D'autres formes incluent la démence frontotemporale, vasculaire et à corps de Lewy. La maladie de Parkinson peut également s'associer à une démence.

Que se passe-t-il dans le cerveau lors d'une maladie d'Alzheimer ?

Dans la maladie d'Alzheimer, les protéines bêta-amyloïde et tau modifient leur forme et s'agrègent dans le cerveau. La bêta-amyloïde forme les plaques amyloïdes entre les neurones, tandis que la tau crée des enchevêtrements neurofibrillaires à l'intérieur des cellules. Ces dépôts affectent particulièrement les zones liées à la mémoire et à la personnalité.

Le lien exact entre cause et effet reste flou, mais il entraîne une perte progressive des connexions neuronales et la mort cellulaire, provoquant un rétrécissement cérébral. À un stade avancé, le cerveau peut être réduit d'un tiers. Les dépôts de bêta-amyloïde apparaissent 10 à 20 ans avant les premiers symptômes. « Quiconque devient dément à 75 ans peut déjà avoir des dépôts protéiques dans le cerveau à 50 ans », explique le neurologue Sebastiaan Engelborghs (UZ Brussel). « C'est porteur d'espoir : un bon médicament pourrait stopper la maladie dès cette phase préclinique. »

Quels médicaments existent pour la maladie d'Alzheimer ?

Aucun médicament actuel ne guérit ni ne prévient la maladie d'Alzheimer. En Belgique, leur remboursement pourrait bientôt cesser. « Ils retardent toutefois temporairement certains symptômes », précise Engelborghs. « Cette décision est difficile à comprendre, nous l'avons signalé au Conseil belge de la démence. »

Engelborghs : « J'étais optimiste il y a quelques années sur les traitements anti-amyloïdes, mais les échecs cliniques m'ont rendu pessimiste. L'aducanumab montre des promesses à fortes doses, mais nous devons mieux comprendre la maladie via une recherche fondamentale pour de nouveaux traitements. »

Que faire pour prévenir la démence d'Alzheimer ?

Peu de choses certifiées, mais un mode de vie sain retarde les symptômes : marche quotidienne, non-fumeur, alimentation riche en noix, poisson, fruits et légumes, activité mentale. Pas besoin de forcer les mots croisés si vous n'aimez pas ça. « Continuez ce que vous aimez, comme le théâtre ou les sorties sociales », conseille Engelborghs.

« Une vie saine dès la cinquantaine retarde les symptômes de plusieurs années. » Le sommeil est crucial : une sieste dès 60-70 ans aide à éliminer les déchets cérébraux, dont la bêta-amyloïde.

Comment distinguer l'oubli normal du vieillissement des premiers signes d'Alzheimer ?

Ce n'est pas évident, car le vieillissement normal inclut des oublis et une attention moindre. « Si vous oubliez plus que vos pairs, ou ratez factures et rendez-vous, consultez un médecin », recommande Engelborghs.

Des causes traitables comme une hypothyroïdie ou carence vitaminique peuvent mimer ces symptômes. Les changements comportementaux, comme une dépression soudaine tardive, augmentent aussi le risque : « C'est souvent la première expression de la maladie, due à un sentiment de perte de contrôle. »

Faut-il se tester pour le risque d'Alzheimer avant les symptômes ?

Non, sauf en cas de démence précoce familiale (avant 65 ans), où un gène défectueux prédit la maladie. Même alors, pas de traitement curatif. « Certains veulent savoir pour ajuster leur vie », note Engelborghs.

Pour les formes tardives familiales, les gènes à risque ne prédisent pas fiablement.

Comment bien accompagner une personne atteinte d'Alzheimer ?

Engelborghs : « Adaptez les soins personnellement et respectueusement. Utilisez sa musique préférée pour raviver des émotions. Ne contestez pas les délires, distrayez ou changez de sujet. Même sans langage, communiquez par le toucher ou les expressions faciales. »

Pour plus d'infos sur la démence et Alzheimer, écoutez notre podcast : Liesbeth Gijsel (Eos Psyche&Brain) interviewe le neurologue Sebastiaan Engelborghs.

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