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Percée prometteuse contre Alzheimer : l'aducanumab ralentit-il vraiment le déclin cognitif ?

Les scientifiques ont-ils découvert le premier médicament capable d'inverser la maladie d'Alzheimer ?

(mis à jour : 3/12/2019)

La société pharmaceutique américaine Biogen et son partenaire japonais Eisai ont publié un communiqué affirmant que leurs chercheurs ont identifié un traitement ralentissant le déclin cognitif chez les patients atteints de la maladie d'Alzheimer. Baptisé aducanumab, ce médicament améliorerait la mémoire, l'orientation et les capacités langagières, marquant une étape clé dans la lutte contre cette pathologie neurodégénérative.

Biogen prévoit de soumettre une demande d'autorisation à la FDA américaine en 2020 pour les stades précoces de la maladie. Contrairement aux traitements actuels, qui ne ciblent que les symptômes sans impact clinique significatif, l'aducanumab agirait directement sur le cerveau, selon le médecin-épidémiologiste Dick Bijl, président de l'International Society of Drug Bulletins.

Enfin de l'optimisme

Les réactions initiales restent prudentes, en raison d'essais cliniques arrêtés par Biogen en mars suite à des résultats intermédiaires décevants. Bart De Strooper, expert Alzheimer au VIB-KU Leuven et directeur du UK Dementia Research Institute, apporte un éclairage : « C'est sans doute la nouvelle la plus importante dans la recherche sur Alzheimer depuis des années. »

Chez les patients, les protéines amyloïdes s'accumulent sous forme de plaques. L'aducanumab se lie à ces agrégats, stimulant le système immunitaire pour les éliminer. Deux essais sur des centaines de patients récemment diagnostiqués ont comparé le médicament (à doses variables) à un placebo.

« Initialement, les analyses sur les basses doses étaient négatives, menant à l'arrêt prématuré », explique De Strooper. « Mais une analyse approfondie, incluant les hautes doses, révèle un effet positif clair dans l'un des essais : un ralentissement de 20 à 40 % de la progression, spectaculaire après vingt ans de recherches sur l'hypothèse amyloïde. »

Percée prometteuse contre Alzheimer : l aducanumab ralentit-il vraiment le déclin cognitif ?

Cette démonstration lie pour la première fois la réduction des plaques amyloïdes à des bénéfices cliniques. « Nous pensions cette piste stérile ; maintenant, elle relance les investissements », ajoute De Strooper.

« La question clé : un traitement précoce, avant les symptômes (plaques apparaissant 20 ans plus tôt), amplifierait-il les effets ? »

Comparaison avec le VIH des années 1980 : débuts modestes, mais optimisables. Pour les patients actuels des essais, reprise du traitement imminente. Approbation FDA espérée mi-2020 aux États-Unis ; Europe et Japon plus prudents, possiblement 2021.

Tout marketing ?

Dick Bijl reste critique : « Relation dose-effet positive, mais risques secondaires accrus ? Pas d'infos. Besoin d'effets cliniquement pertinents, pas seulement statistiques. Les exigences réglementaires se sont assouplies. »

Exemple : vortioxétine, inefficace malgré approbations. Médias enthousiastes via experts liés financièrement ? « Raisons d'hésiter. »

Attendez

Thierry Christiaens, pharmacologue à l'Université de Gand : « Lecture dans le marc de café. Rôle causal des plaques amyloïdes incertain. FDA flexible sur 'besoins non satisfaits', mais à quel prix ? Sous-groupes post-hoc fragiles ; publication complète attendue dans 2 ans. »

Pas de nombres absolus

Frans Verhey, psychiatre-neurologue à Maastricht UMC+ : « Pas de lien direct plaques-démence ; seniors sans symptômes en regorgent. Pourcentages suspects, un essai négatif. Technologie intéressante, mais essais antérieurs (autres mAbs) ont échoué, parfois aggravé la démence. »

« Nous ne savons pas si l'élimination des plaques conduit à l'amélioration clinique. » Frans Verhey (Maastricht UMC+)
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