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Les bébés nés par césarienne ont-ils besoin des bactéries vaginales de leur mère ? Études scientifiques en cours

Dans le cadre d'études cliniques à grande échelle, des chercheurs appliquent les bactéries vaginales de la mère sur la peau des nouveau-nés issus d'une césarienne. Cette pratique, appelée "seeding", pourrait améliorer leur santé à long terme.

Lorsqu'un bébé naît par voie vaginale, il est naturellement colonisé par le microbiote maternel lors du passage dans le canal génital. Les bébés nés par césarienne manquent de cette "inoculation bactérienne" initiale. Des recherches ont révélé que leur microbiote intestinal diffère de celui des bébés nés par le vagin. Par ailleurs, ces enfants présentent un risque accru d'obésité, de diabète, d'allergies, d'asthme, d'autisme et de TDAH. Des observations similaires ont été notées chez des modèles murins nés par césarienne.

« Dans le pire des cas, vous enduirez le visage d'un bébé avec de l'herpès » Adam Ratner, microbiologiste, Université de New York

Existe-t-il un lien de causalité chez l'humain ? Peut-on optimiser la santé des nouveau-nés césariens via un "bain bactérien" maternel ? Plusieurs essais cliniques en cours, menés aux États-Unis, en Suède et en Chine, recrutent des centaines de femmes enceintes pour évaluer l'effet de cette pratique. Les bébés seront suivis sur plusieurs années et dépistés pour diverses pathologies. Les résultats seront comparés à ceux de bébés nés par voie vaginale et à un groupe placebo.

Critiques et controverses

Ces expériences ne font pas l'unanimité. Certains experts redoutent un risque infectieux pour les nouveau-nés et craignent que des mères non participantes ne reproduisent la pratique à domicile. « Dans le pire des cas, vous aurez le visage d'un bébé complètement couvert d'herpès », avertit le microbiologiste Adam Ratner (Université de New York).

D'autres soulignent le manque de preuves solides liant spécifiquement les bactéries vaginales à ces risques sanitaires. David Aronoff, spécialiste des maladies infectieuses à l'Université Vanderbilt (États-Unis), évoque d'autres facteurs : antibiotiques administrés lors de la césarienne, prédispositions génétiques ou allaitement.

Précautions contre les infections

Les équipes des essais en cours affirment que leur protocole minimise les risques infectieux. Les mères sont systématiquement dépistées pour le VIH et le streptocoque du groupe B, une bactérie vaginale potentiellement dangereuse pour les nouveau-nés.

« Ces essais contrôlés sont indispensables pour évaluer le rôle du microbiote dans la santé », explique Maria Gloria Dominguez Bello (Université Rutgers), impliquée dans une étude américaine. « Nous restaurons un élément naturel de l'environnement périnatal. Seul l'avenir dira si cela fait une réelle différence. »

Copyright Nature Publishing Group


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