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Des bénévoles aident les enfants dans le besoin

Une approche des plus surprenante aide des enfants perturbés à retrouver un meilleur équilibre, à se sentir davantage en sécurité et à redécouvrir l’amour !

Au refuge Cobble Hills Farm Sanctuary, près de Stratford en Ontario, les cadeaux n’arrivent pas dans de jolies boîtes agrémentées de ruban, mais par camions entiers, dans des caisses ou des cages. Et il n’y a rien de joli à leur sujet !

Chaque année, à la fin de l’automne, les poulaillers-usines se débarrassent des poules jugées improductives et les expédient à l’abattoir ou au site d’enfouissement. Épuisées par le rythme de ponte effréné auquel elles ont été soumises, elles ont perdu leurs plumes. Depuis 2008, Christen Shepherd reçoit en « cadeau » des poules par lots de 40 à 50, ou les achète à l’encan à 2$ pièce. Aidée de ses bénévoles, elle les habille aussitôt de petites vestes faites main afin de les garder au chaud. C’est ainsi que ces êtres condamnés se voient accorder une seconde chance.

Dès leur arrivée sur la ferme des Shepherd, les poules sont terrifiées et faibles. Elles n’ont jamais vu la lumière du jour et n’ont connu que l’intérieur de leur cage. Pour la première fois de leur courte existence – on s’en débarrasse au bout de 12 à 18 mois – elles peuvent déployer leurs ailes, se mouvoir, partir en quête de larves et, quand le soleil se couche, dormir dans des pondoirs tapissés de paille. Il ne leur faut que quelques semaines pour former une organisation sociale structurée, se faire de nouvelles plumes et recommencer à pondre.

En observant des similitudes entre leur processus de guérison et celui des enfants placés en foyer d’accueil, Christen en est arrivée à la conclusion qu’ils pouvaient se secourir mutuellement. En 2009, quand elle a reçu son second lot de poules, elle a donc invité des enfants de deux foyers de groupe des environs à en prendre soin.
Leur première tâche consiste à donner aux poules un « pédicure » : étant donné qu’elles ont passé leur existence les pattes accrochées au grillage métallique, leurs griffes sont trop longues. « Ce qui m’émeut au plus haut point, confie Christen, c’est la gentillesse dont sont capables ces enfants et leur délicatesse quand ils prennent les oiseaux pour leur couper les griffes ! »

Ayant eux-mêmes vécu toutes sortes d’abus, ils ont du mal à faire preuve d’empathie et à s’attacher. Mais le fait de prendre une poule est, en soi, un geste calmant. Ils se radoucissent quand ils assument leur rôle de gardien, lequel consiste, entre autres choses, à nettoyer les poulaillers, nourrir les oiseaux à la main, ramasser les œufs et administrer les remèdes de base. Souvent, leurs poules sont les premiers êtres qu’ils regardent droit dans les yeux.

Âgé de 11 ans, Zach, l’un des quatre enfants que Christen et Trevor Shepherd ont adoptés en 2010, témoigne de l’efficacité de cette thérapie : « Les poules sont des créatures adorables, belles et intelligentes, et elles vous aident à calmer vos peurs », confie-t-il. Matt Roser, travailleur social, explique pour sa part : « Sachant que leurs poules ont besoin d’eux, les enfants acquièrent le sens des responsabilités. »

À l’issue de trois mois de bons soins, les poules sont plus calmes, plus grasses et ont retrouvé leur beau plumage. Elles seront alors confiées à de petits producteurs qui élèvent leurs oiseaux en liberté. Bientôt, le cycle du don mutuel reprendra avec de nouveaux rescapés, tant aviaires qu’humains.


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