Des chercheurs irlandais développent une 'thérapie de choc' pour booster les bactéries accumulateuses de phosphate et maximiser la récupération de cette ressource rare.

Comme les combustibles fossiles, le phosphore est une matière première limitée. De nouvelles méthodes de recyclage sont essentielles. Des scientifiques irlandais proposent une 'thérapie de choc' aux bactéries qui extraient naturellement le phosphate des eaux usées, les incitant à en stocker bien plus dans leurs cellules.
Lors de la conférence de la Society for General Microbiology à Dublin, des experts ont présenté cette innovation pour récupérer le phosphate des eaux usées. En soumettant les bactéries à un 'traitement de choc', on les force à accumuler une quantité accrue de phosphate.
Le chercheur John McGrath, de l'Université Queen's de Belfast, garde les détails précis secrets pour des raisons de brevet, mais compare l'effet à une inspiration profonde avant la plongée : "Les bactéries se gorgent alors de phosphate."
Actuellement, les bactéries éliminent les phosphates des eaux usées via un bassin anaérobie (sans oxygène) et un bassin aérobie (avec oxygène), explique Jeroen Deurinck d'Aquafin. Ces installations coûteuses limitent l'usage aux grandes stations d'épuration. L'alternative chimique, avec aluminium ou fer, génère beaucoup de boues polluantes.
Avec cette méthode, post-choc, les bactéries opèrent sans bassin anaérobie. Séparées des eaux usées, elles forment une biomasse riche en phosphate, recyclable via techniques existantes.
Matière première stratégique
Cette approche permet une récupération plus efficace et économique du phosphate des eaux usées. Crucial pour éviter l'eutrophisation : les phosphates excédentaires favorisent les blooms alguaux qui épuisent l'oxygène aquatique.
Le phosphore est vital : composant de l'ADN, de l'ATP énergétique, et présent à 600 g dans le corps humain (surtout os). 90 % de l'extraction minière sert aux engrais agricoles. Les réserves mondiales (163 milliards de tonnes de roche phosphatée) suffisent 50-100 ans, mais seules une fraction est exploitable.
Le cycle du phosphore
Les intempéries libèrent le phosphore des roches. Les plantes l'absorbent, intégrant la chaîne alimentaire. Il circule ~46 cycles locaux avant rivières et océans via érosion et ruissellement. Recyclé ~800 fois en mer, il sédimente, puis remonte après millions d'années par tectonique.