Durant l'épidémie de COVID-19, les désinformations virales pullulent, mais de nombreuses conclusions erronées naissent aussi d'hypothèses valides mal interprétées. La philosophe des sciences Sylvia Wenmackers a identifié huit erreurs courantes liées à la probabilité.
Lors d'une interview radio sur le vaccin antigrippal, une Néerlandaise a déclaré : « Si j'attrape la grippe et le COVID-19, je mourrai terriblement. » Bien que deux infections simultanées augmentent le risque de forme grave, ce n'est pas une certitude. Ce sophisme ignore les probabilités et présente une possibilité comme inévitable. Il alimente aussi les faux dilemmes comme : « Avec le COVID-19, soit vous mourez, soit vous ne remarquez rien. » En réalité, d'autres issues existent.
Cette faute probabiliste, courante en justice et en médecine, inverse les conditionnelles. Si 85 % des cas de COVID-19 concernent des porteurs de masque, cela n'implique pas que 85 % des porteurs de masque sont infectés ! Le théorème de Bayes est nécessaire, intégrant la prévalence – souvent négligée, au point d'avoir son propre nom d'erreur.
Un test positif suggère le COVID-19, mais pas toujours. La probabilité d'un faux positif dépend de la prévalence (taux d'infection dans la population). Plus elle est faible, plus les faux positifs augmentent. Ignorer cela mène à des interprétations erronées.
Quelques réinfections graves ont été rapportées, mais le biologiste Carl Bergstrom, expert en désinformation, note que seuls les cas sévères sont investigués en profondeur. Les infections légères passent souvent inaperçues, biaisant la perception.
Si grippe et COVID-19 sont indépendants, un test positif à la grippe chez un symptomatique réduit paradoxalement le risque de co-infection COVID-19. Tester une population grippale sélectionne contre les doubles infections.
Tous les infectés ne transmettent pas equally : certains beaucoup, d'autres pas. Dans des contextes similaires, des épidémies surgissent ou non par hasard. Corréler rétrospectivement une variable aux foyers (HARKing : Hypothèse Après Résultats Connus) est une erreur scientifique courante.
Comparer les décès grippaux annuels aux morts COVID-19 précoces est inapproprié, comme l'a souligné Carl Bergstrom. Ma chronique d'avril (Eos n°4, 2020) évoquait déjà ce malaise.
Les infections touchent plus les populations à faible risque, car elles sont numériquement dominantes. Attention : certains détournent ce terme pour une "prophétie auto-réalisatrice", où les mesures semblent inutiles a posteriori – un autre piège que j'évoquais déjà en avril.
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