La recherche très débattue sur un virus de la grippe aviaire transmissible aux mammifères (et potentiellement à l'homme) vient d'être publiée dans Nature. Que révèlent ces travaux ?

L'étude de l'Université du Wisconsin, menée par Yoshihiro Kawaoka, paraît dans Nature. Les résultats de l'équipe néerlandaise du Rotterdam Erasmus Medical Center, dirigée par Ron Fouchier, sont encore en attente de publication. Les deux recherches sont étroitement liées.
Les responsables des équipes américaine et néerlandaise, Yoshihiro Kawaoka et Ron Fouchier, ont rédigé un manuscrit sur ces travaux controversés sur la grippe aviaire. Kawaoka ayant obtenu l'autorisation des autorités américaines, ses résultats sont publiés en premier.
Les recherches de Fouchier ont été bloquées pendant des mois en raison de craintes liées à une possible utilisation terroriste des données. La publication a été retardée plus de quatre mois, jusqu'à ce que le secrétaire d'État Henk Bleker délivre une licence d'exportation la semaine dernière, autorisant sa diffusion prochaine.
Fouchier a démontré que le virus H5N1 peut muter pour devenir transmissible d'humain à humain. Il insiste sur le faible risque : le virus modifié n'est pas très contagieux et un vaccin peut être développé. Mieux comprendre ces mutations naturelles est essentiel pour la surveillance.
Les infections humaines par H5N1 sont rares mais mortelles (plus de 50 % de létalité, environ 350 décès à ce jour). Une variante transmissible pourrait déclencher une pandémie comme la grippe espagnole de 1918-1919 (50 millions de morts).
Le virus H5N1 aviaire infecte rarement l'homme et ne se transmet pas d'humain à humain. Les expériences de Kawaoka montrent qu'il peut acquérir cette capacité. Deux résultats clés :
1. Le H5N1 peut muter facilement pour infecter les mammifères.
Les virus grippaux se lient à des récepteurs cellulaires : aviaires pour les oiseaux, humains pour nos voies respiratoires. Kawaoka a modifié la protéine de liaison du H5N1 (analogie : changer la tête d'une épingle). Parmi des millions de mutants, un seul reconnaissait les récepteurs humains après deux mutations.
Ce virus a été hybridé avec sept gènes du H1N1 porcin. Il infectait facilement les furets (modèle humain). Une troisième mutation naturelle a permis une transmission aérienne à 4/6 furets, et une quatrième à 6/6.
Ce virus muté est moins virulent que le H5N1 sauvage ou le H1N1, sensible au Tamiflu et à un vaccin prototype H5N1. Seules quatre mutations (deux artificielles, deux naturelles) suffisent pour une transmissibilité mammalienne.
2. Ce scénario n'est pas fictif.
Hybride H5N1-H1N1 ? Ces virus coexistent dans la nature, avec gènes compatibles. Des mutants sauvages portent déjà certaines mutations de Kawaoka. Comme dans Contagion : « Les oiseaux s'en chargent ». La fiction rejoint parfois la réalité, note le journaliste Ed Yong.