Par Christophe Stove, toxicologue à l'Université de Gand (UGent), les tests jouent un rôle central dans tout plan de sortie de crise. Ils peuvent être menés à grande échelle, y compris à domicile via une simple piqûre au doigt.
Crédit photo : Neoteryx
L'analyse d'une goutte de sang prélevée par piqûre est familière à la plupart d'entre nous, souvent sans le savoir : dès la naissance, via la piqûre au talon pour détecter des anomalies congénitales. C'est aussi une routine quotidienne pour de nombreux diabétiques.
Bien plus est possible avec une goutte de sang. À l'UGent, nous réalisons régulièrement des analyses pour mesurer un marqueur d'alcool consommé au cours du mois précédent. Aux Pays-Bas, plusieurs laboratoires contrôlent les concentrations médicamenteuses chez les patients greffés via des gouttes de sang séché prélevées à domicile.
Cette pratique connaît un essor fulgurant en période de confinement (#blijfinuwkot). Les déplacements pour prises de sang sont remplacés par des auto-prélèvements à domicile.
À l'approche d'un plan de sortie avec possibles rebonds et tests massifs, une question émerge : les tests sérologiques, qui détectent les anticorps indiquant une infection passée, peuvent-ils utiliser une goutte de sang séché ?
La collecte de gouttes de sang séché à domicile, envoyées à un laboratoire, est étudiée depuis dix ans comme alternative aux prises de sang classiques, notamment pour le suivi médicamenteux. Des résultats fiables sont obtenus avec un échantillonnage correct et des adaptations en laboratoire.
Bientôt, des tests sur des dizaines de milliers de personnes, voire plusieurs fois par individu. Une piqûre au doigt offre alors un avantage majeur.
La crise actuelle booste l'échantillonnage à domicile : éviter les contacts médicaux superflus, les voyages et les précautions, surtout à grande échelle.
La qualité des résultats prime : échantillon et analyse doivent être irréprochables pour des conclusions fiables.
Exemple réussi : lors de la Tournée Minérale 2019, des centaines de participants ont prélevé à domicile (début, mi- et fin février) via un coton-tige absorbant. La variabilité était faible, prouvant la fiabilité avec de bonnes instructions. Un contrôle visuel assure la qualité.
Les échantillons de sang séché s'envoient en toute sécurité par la poste, dans un sachet plastique.
Les kits pourraient être distribués en pharmacie, avec conseils du pharmacien. Pour les personnes âgées, enfants ou handicapées, un prélèvement assisté est possible.

L'analyse requiert des adaptations : sang total (non sérum), reconstitution de l'échantillon séché, conversion des concentrations, et sensibilité pour 10 µl (une petite goutte). Des tests ultrasensibles sont nécessaires.
Le niveau d'anticorps protecteur contre une réinfection reste incertain.
Interprétation : un positif indique une infection passée, mais le seuil d'immunité et sa durée sont inconnus – indépendamment de la méthode.
La littérature confirme la faisabilité pour les anticorps anti-SRAS-CoV-2. Des tests existent ; une étude NIH teste 10 000 volontaires via gouttes séchées.
[]