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Cyberharcèlement : Dans la tête des trolls d'Internet et comment se défendre

La dynamique unique d'Internet facilite les attaques des trolls et intimidateurs, qui blessent profondément leurs victimes. Plongeons dans la psychologie de ces cyberharcélers et défendons-nous efficacement.

Cyberharcèlement : Dans la tête des trolls d Internet et comment se défendre

La toile, terrain de jeu des trolls

Il y a quelques années, Caitlin Seida s'est déguisée en Lara Croft pour Halloween et a partagé une photo sur Facebook. Trois ans plus tard, en 2013, une amie lui signale qu'elle est devenue une "célébrité" sur Internet. Le lien mène à The International Society of Haters, où sa photo est moquée sous le titre "Fridge Raider" (Pilleur de frigo). Des centaines de commentaires cruels la traînent dans la boue pour sa silhouette et sa tenue osée : "Les grosses vaches comme elle devraient être vaccinées", écrit l'un. "Quel perdant", renchérit un autre.

Horrifiée, Seida cherche sur Google : sa photo est virale, relayée sur des dizaines de sites. Chaque insulte la frappe comme un coup de marteau. "J'étais misérable, les larmes coulaient sans s'arrêter", confie-t-elle. Avec un ami avocat, elle demande le retrait des contenus, mais sait que c'est vain : "Je suis plus susceptible de trouver du brochet dans le grenier que d'effacer ce qui est en ligne."

Les messages haineux frappaient comme des coups de masse. "Les larmes n'arrêtaient pas de couler", témoigne la victime.

Si le cyberharcèlement chez les adolescents fait les gros titres, il touche aussi les adultes : une enquête américaine de 2014 (Rad Campaign, Lincoln Park Strategies, Craig Newmark) révèle qu'un adulte sur quatre est victime ou connaît une victime.

Les trolls envoient des messages haineux, harcèlent sur forums ou commentaires d'articles. Beaucoup de victimes sombrent en dépression, voire au suicide. Pourtant, peu d'actions concrètes : le problème est sous-estimé, et sa définition floue. "Il n'est pas signalé assez tôt", note Chris Piotrowski, expert en cyberintimidation à l'Université de Floride occidentale. "Les victimes se disent : 'À quoi bon alerter la police ?'"

Des études récentes éclairent les motivations des trolls et leurs impacts dévastateurs. Elles montrent aussi comment prévenir ou limiter les dégâts. Chacun peut contribuer à civiliser le web. "N'attendez pas que les autres agissent", conseille Mary Aiken, directrice du CyberPsychology Research Centre (Royal College of Surgeons, Dublin). "Les utilisateurs doivent améliorer leur environnement."

"Ils m'ont brisée"

Les trolls harcèlent sans relâche, jusqu'à ce que la victime craque. Selon l'anthropologue Christopher Boehm (Université de Californie du Sud), cela remonte à l'évolution : dominer les autres assurait un statut social et plus de descendants.

Contrairement aux idées reçues, les bullies n'ont pas toujours une faible estime de soi. Une étude de 2013 sur des milliers d'ados (12-15 ans) montre qu'ils dominent souvent la hiérarchie sociale. Rabaisser les autres maintient leur position. Jaana Juvonen (UCLA) souligne le rôle de l'apprentissage social : les enfants imitent les modèles agressifs proches.

Cyberharcèlement : Dans la tête des trolls d Internet et comment se défendre

Les conséquences sont graves : traumas durables, liens avec les fusillades scolaires (services secrets US). Le cyberharcèlement – intimidation via mobile, web ou appareils électroniques – est trop vague pour Piotrowski : "Pour certains, c'est de la grossièreté ; pour d'autres, une agression extrême."

Parfois terrifiant : Caroline Criado-Perez, militante féministe, a reçu des menaces de viol et d'incendie après avoir suggéré Jane Austen sur les billets de 10 £. "Peur, horreur, désespoir. Je ne dormais plus", raconte-t-elle au New Statesman. La police n'a pas pris cela au sérieux.

Impacts psychologiques : TSPT, dépression, impuissance. Même les figures publiques craquent, comme la journaliste Charlotte Dawson, qui s'est suicidée en 2014 après des moqueries sur Twitter.

La meute en ligne

Beaucoup de trolls ont des traits antisociaux ou sadiques. Erin Buckels (Université du Manitoba, 2014) lie plaisir à blesser autrui à des troubles de personnalité.

Mais des adultes équilibrés y participent aussi, grâce à l'anonymat et à l'avatar virtuel (John Suler, Rider University). Sondages : 75 % des victimes ne connaissent pas leur harceleur. "Gros reward, faible risque", dit Piotrowski. Une étude de 2012 (Lapidot-Lefler & Barak) montre plus d'agressivité sous pseudonyme.

En quelques clics, l'intimidation prolifère dans le cyberespace.

L'anonymat + dynamique de groupe = dérapage. Tom Postmes (Groningue, 2001) : conformité accrue en anonymat. Adam Zimmerman (Floride du Nord, 2012) : agressivité contagieuse sous pseudo.

La foule anonyme devient lynching. "Les trolls intimident pour un public complice", note S. Alexander Haslam (Queensland). Si le forum tolère, tous suivent, même les bien-intentionnés (Scott Lilienfeld, Emory).

Empathie réduite en ligne : pas de visage larmoyant. Contenus persistants via Google/Facebook rouvrent les plaies. Seida a contacté ses trolls : zéro excuses.

Impacts sur témoins : Ashley Anderson (Colorado State, 2013) montre que commentaires haineux biaisent les opinions, indépendamment des faits.

Nouvelles normes

Certains médias ferment commentaires : Popular Science (Suzanne LaBarre, 2014) pour préserver le débat scientifique.

Modération manuelle chronophage, peu de signalements. Solutions auto : Riot Games alerte les joueurs toxiques.

Les communautés doivent contrer : ignorer ou signaler collectivement. "Si la foule dit 'Non', le troll part" (Suler). Ignorer aggrave le trauma des témoins.

Soutenir les victimes réduit leur agressivité réactive (Jean Twenge, San Diego State, 2007). Un simple "Désolé" aide.

Campagnes anti-harcèlement parfois contre-productives : plus d'idées aux bullies (Jeong & Lee, 2013).

Le pouvoir de l'amitié

Seida contre-attaque : séance photo boudoir, site ifeeldelicious.blogspot.com pour victimes. Campagne contre un troll notoire : succès.

Conseil : parlez, cherchez soutien. "Si vous gardez ça dedans, ça vous bouffe."

Victime de cyberharcèlement ? Que faire ?

1. Ignorez : bloquez, ne réagissez pas. Le troll s'ennuie vite.

2. Signalez : police ou modérateurs. 61 % des comptes supprimés (étude 2014).

3. Consultez : thérapeute pour gérer le trauma.

Cet article a déjà été publié dans Eos Psyche&Brain, 2015, n°1.

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