Sommes-nous naturellement pacifiques, corrompus par la société, ou celle-ci maîtrise-t-elle notre violence innée ?

Par rapport aux autres primates, les humains ne sont ni particulièrement agressifs ni exceptionnellement pacifiques. Deux théories s'opposent sur l'évolution de l'agressivité humaine. L'une postule que nous sommes non agressifs par nature, la violence résultant de développements culturels récents comme la sédentarité, le patriarcat ou les armes létales. L'autre met en lumière nos similitudes avec les primates à hiérarchies dominantes abruptes, tels que les chimpanzés. Notre moindre violence par rapport à eux s'expliquerait par des normes sociales tempérant les excès.
Ces théories sont antagonistes. L'anthropologue biologique Richard Wrangham, dans un article de la revue PNAS, souligne : « En biologie, psychologie et sciences sociales, l'agression se divise en deux types : proactive et réactive. Cette distinction est pourtant souvent négligée dans les débats sur ses bases évolutives chez l'humain. »
Chez nous, l'agressivité proactive domine : elle est planifiée à sang-froid. L'agressivité réactive, plus rare, est déclenchée par une provocation et s'accompagne de colère. Les zones cérébrales impliquées, bases génétiques et hormones diffèrent, rendant les traitements spécifiques à chaque type.
Selon Wrangham, les deux camps ont raison : nous sommes à la fois agressifs par nature et portés à la paix. L'agression proactive est fréquente, la réactive rare – comme chez nos plus proches cousins. Les chimpanzés excellent dans la première, les bonobos évitent la seconde.
Cela éclaire un paradoxe : sur 60 000 ans, la peine de mort aurait dû réduire notre agressivité en éliminant les gènes violents. Mais n'est-elle pas agressive ? Réponse de Wrangham : « L'exécuteur agit de manière proactive, les coupables réactivement. »