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Pourquoi je dois constamment justifier que mon nom 'ne correspond pas' à mon apparence

En cas d'adoption, les parents adoptifs peuvent attribuer un nouveau nom à leur enfant. Mais quel impact ce prénom occidental a-t-il sur l'image de soi ?

En Belgique, je m'appelle Miranda Aerts. Au Rwanda, mon nom est Ntirandekura, et ma date de naissance est fixée à « 1984 », sans précision de mois ou de jour. Cela génère d'innombrables erreurs informatiques. Pire, je dois sans cesse expliquer pourquoi mon nom « ne correspond pas » à mon apparence, et les regards suspicieux lors des contrôles de voyage font partie de mon quotidien. Je n'ai pas souffert de graves crises d'identité, mais je comprends que certains le vivent pour moins que cela.

Essayez d'expliquer aux autorités que vous êtes une seule personne avec deux noms différents.

Ces complications découlent d'une adoption non reconnue ni enregistrée au Rwanda. De plus, seule l'année de naissance était notée, alors que le mois et le jour étaient connus.

En tant qu'adopté, l'insouciance d'autrui vous laisse souvent avec deux identités conflictuelles, créant des défis émotionnels et administratifs. Sur le plan psychologique : insécurité, peur de l'échec, sentiment d'appartenir nulle part. Sur le plan pratique : difficultés pour s'établir dans le pays d'origine avec sa famille, car les enfants ne sont liés qu'à l'identité belge. Personnellement, obtenir un poste de psychologue clinicien au Rwanda a été ardu : connue là-bas comme Ntirandekura, mes diplômes belges portent Miranda Aerts. Expliquer à l'administration que vous êtes la même personne, sans choix ni antécédents douteux, est un parcours du combattant. La solution ? Une procédure de changement de nom au Rwanda.

Désormais, mon nom officiel est « Miranda Ntirandekura Aerts ». Ntirandekura porte une double signification : espoir et tragédie, traduisible par « Dieu ne m'a pas encore abandonné ». Je porte le nom de mon père, né comme moi dans une période difficile, marquant notre arrivée comme un espoir. Au Rwanda, la tradition du Kwita Izina – nomination des enfants – réunit famille et amis pour proposer des noms symboliques. Souvent, c'est le père qui tranche. Les noms de famille ne sont pas fixes : chacun compose un ensemble unique riche en symbolisme.

De plus en plus de Belges changent de nom, y compris les adoptés.

Les parents choisissent le prénom de leur enfant, y compris les adoptifs en Belgique. Mais que révèle votre nom de votre identité ? Selon le psychologue social Raymond Smeets (ex-Université Radboud de Nimègue), une forte estime de soi influence inconsciemment les préférences pour les lettres ou significations de son nom, impactant choix professionnels, noms de conjoints ou adresses. Exemples : Hennie De Haan ou Mme De Backer de la boulangerie du coin.

Cependant, tous ne sont pas satisfaits de leur nom. En Belgique, les demandes de changement explosent : 4 624 en 2018, trois fois plus qu'en 2017. Motivations : meilleur ajustement ou simplification. Les immigrés optent souvent pour des noms occidentalisés pour s'intégrer.

Les adoptés inversent la tendance : leur nom occidental, imposé, ne résonne pas toujours. Certains en créent un nouveau, d'autres reclaim leur nom originel des parents biologiques.

Je m'en réjouis. Au XXIe siècle, il est absurde que des noms « blanchis » limitent les opportunités. Comme le disaient les Romains, Nomen est omen – le nom est un présage, confirmé par la science. Portons nos noms colorés avec fierté. Moi, c'est « MIRANDA NTIRANDEKURA », symbolisant « extraordinaire, tragédie et espoir » – pile mon histoire, mon parcours pro et ma vision du monde. « Aerts » reste, en discret.


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