Nous qualifions le TDAH de « trouble », ce qui suggère que nous en connaissons la cause et qu'elle réside dans le cerveau de la personne diagnostiquée. Or, ce n'est pas le cas.
« Une rose sous un autre nom sentirait aussi bon », affirmait Juliette dans la tragédie de Shakespeare. Ces mots scellaient le destin du couple maudit, sous-estimant le poids immense d'un nom. Elle ne fut ni la première ni la dernière à en pâtir.
En psychiatrie, les manuels comme le DSM-5 et le CIM-11 définissent les classifications des difficultés rencontrées par les individus. Des termes standards tels que TDAH, schizophrénie ou dépression facilitent la communication et orientent la recherche sur les traitements et le pronostic.
Cependant, ces noms ont un effet secondaire souvent négligé : ils impliquent une causalité. En les qualifiant de troubles, nous donnons l'impression que les symptômes en sont la cause évidente, ancrée chez l'individu. Pourtant, les origines des troubles psychiatriques sont bien plus hétérogènes, et le contexte est souvent sous-estimé.
Les classifications du DSM-5 et du CIM-11 sont purement descriptives, sans lien avec des causes sous-jacentes. Dans la pratique, nous disons toutefois : « Il manque d'attention à l'école à cause de son TDAH. » Cela crée un cercle vicieux : l'enfant n'est pas attentif parce qu'il n'est pas attentif. Parler de problèmes d'attention incite à explorer les raisons ; évoquer un trouble de l'attention semble clore le débat, en pointant le cerveau de l'individu.
Ce détail sémantique n'est pas anodin. Les études en sciences sociales montrent que nous attribuons le problème à l'individu, occultant le contexte familial, scolaire ou professionnel.
L'effet d'âge relatif illustre cela parfaitement dans le TDAH. Les plus jeunes d'une classe sont surdiagnostiqués et surmédicalisés par rapport à leurs aînés. Inversement, dans le sport professionnel, les aînés sont surestimés. Cette comparaison défavorable aux plus jeunes échappe souvent à l'analyse.
Voir le TDAH comme une explication plutôt qu'une description écarte les interventions sociales au profit des enfants.
Notre système de classification détourne ainsi l'attention du contexte. Face à des problèmes d'attention chez un enfant jeune, on conclut trop vite au TDAH, privilégiant un traitement standardisé au détriment d'interventions adaptées : « Comment aider cet enfant dans son contexte ? » cède la place à « Quel médicament pour son TDAH ? ».
L'impact du contexte social est plus subtil encore. Une étude danoise de 2014 montre que le TDAH est moins diagnostiqué dans les écoles où les enfants peuvent redoubler volontairement pour un meilleur épanouissement.
À l'échelle personnelle, divorce, troubles du sommeil ou pauvreté jouent un rôle. Les cliniciens en tiennent compte, mais les facteurs sociétaux comme la taille des classes échappent au radar médical. C'est le plus grand risque : percevoir le TDAH comme causal ferme la porte aux réformes sociétales.
Le TDAH ne « cause » pas plus les problèmes d'attention qu'un faible statut socio-économique ne cause la pauvreté. Ce ne sont que des descriptions de ces difficultés.
Nous proposons une modification simple et puissante : supprimer « trouble ». Le TDAH deviendrait problèmes d'attention et/ou d'hyperactivité (ADH). Sans le « D ».
Cela préserve la définition, la recherche et la gravité des symptômes, tout en éliminant l'illusion d'une cause connue. Cela ouvre les yeux sur le contexte global de l'enfant, favorisant des solutions holistiques.
Si simple ? Omettre un mot changerait-il notre approche des enfants en difficulté ? Juliette nous l'enseigne : le pouvoir des noms réside dans ce qu'ils représentent.
ADH : problèmes d'attention et/ou d'hyperactivité. Pas de nom de famille superflu.
Cet article, traduit de Scientific American, s'appuie sur des recherches rigoureuses en psychiatrie et sciences sociales.