Les villages de Sotchi, hôte des Jeux olympiques d'hiver de 2014, appartenaient autrefois aux Circassiens, un peuple montagnard du Caucase du Nord réputé pour la beauté de ses femmes : peau claire, joues rosées et cheveux noirs corbeau.
Histoire et exode tragique
Les villages de Sotchi ont été habités par les Circassiens jusqu'en 1864, date à laquelle les armées tsaristes ont massacré ou déporté une grande partie de la population vers l'Empire ottoman. Jusque-là, ces montagnards étaient célèbres en Europe pour leurs femmes d'une beauté exceptionnelle.
La femme circassienne était considérée comme la plus blanche de la race caucasienne. Dans l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Denis Diderot (1713-1784), on lit que les hommes tartares circassiens sont plutôt laids, tandis que presque toutes les femmes y sont très belles. Elles portaient en été une simple chemise de coton nouée au nombril, et en hiver des vêtements similaires à ceux des Russes. Un chapeau noir rehaussait leur allure, et des perles noires torsadées mettaient en valeur leur cou. Leur peau était d'un blanc lysé rosé, leurs cheveux et yeux d'un noir profond.
Les filles étaient formées dès la maison pour devenir concubines et vendues comme esclaves par leurs parents ou frères.
Voltaire évoque également ces femmes dans ses Lettres philosophiques. Les Circassiens, pauvres, faisaient de leurs filles belles un commerce principal, les fournissant aux harems des sultans ottomans ou des safavides perses. Elles apprenaient une danse sensuelle pour séduire leurs maîtres, répétant leurs leçons avec leur mère comme un catéchisme.
Le poète Lord Byron et de nombreux artistes européens ont perpétué ce mythe romantique.
Mythe ou réalité ?
À la fin du XVIIIe siècle, la beauté circassienne fascinait l'Europe orientaliste. Les femmes européennes utilisaient des potions imitant leur apparence, comme le Liquid Bloom, censé provenir d'une plante circassienne.
Ce engouement s'inscrivait dans l'orientalisme : intérieurs turcs, portraits de harems. Mais existaient-elles vraiment ? Au XXe siècle, des sources comme Elsevier les relèguent au domaine de la fable.
Cependant, le voyageur Edward Daniel Clarke, fin XVIIIe, décrit leur beauté observée dans des prisons russes : traits fins, nez aquilin, dents blanches.
Dans les harems ottomans
Les Circassiennes peuplaient les harems de Topkapi et de la Sublime Porte, au sommet de la hiérarchie grâce à leur beauté. Vendues par leurs familles ou nobles, formées comme concubines, certaines choisissaient même ce destin pour une vie de luxe.

Commerce et controverses
Ce trafic alimenta l'imaginaire européen, mais suscita l'indignation face à la vente de "chair blanche". Des articles des années 1850 dénonçaient les bas prix et les pratiques cruelles, préparant la guerre de Crimée (1853).
Le mythe s'amplifia dans les milieux racistes, soutenu par des théories pseudo-scientifiques comme celles de Blumenbach. Au XIXee, des shows de cirque exhibaient de fausses "esclaves circassiennes".
Aujourd'hui, le terme "caucasien" pour désigner les Blancs persiste aux États-Unis, mais les divisions raciales sont obsolètes.
Les Circassiens voulaient faire du plateau du Golan leur territoire.
Le mythe s'est estompé, hormis des relents nazis ou l'anecdote de Boris Johnson revendiquant une ancêtre circassienne.
Les Circassiens vivent en diaspora : Caucase, Jordanie, Syrie, Israël... Dans les années 1930, ils aspiraient au Golan comme patrie, mais Alkuneitra fut détruite en 1973.
Qui sont les Circassiens ?
Peuple du nord-ouest du Caucase (mer Noire), groupe abkhazo-adyguéen : Cherkesses (Kabardins), Adyguéens, Shapsugs... Majoritairement sunnites, dispersés après l'exode de 1864. Région tourmentée par empires et conflits.
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