FRFAM.COM >> Science >> sciences naturelles

Stocker une image et une vidéo dans l'ADN d'une bactérie : avancée majeure en édition génétique

Des scientifiques américains ont réalisé une prouesse : stocker une image d'une main et un court clip vidéo d'un cheval au galop dans l'ADN d'une bactérie vivante. Publiée dans la revue Nature, cette avancée repose sur l'édition génétique CRISPR-Cas, qui permet de modifier l'ADN avec une précision exceptionnelle. Mais comment encoder une photo ou une vidéo en séquence d'ADN ?

"C'est similaire à la formation des protéines via des codons (groupes de trois bases codant un acide aminé)", explique Seth Shipman, auteur principal de l'Université de Harvard. "Ici, des groupes de trois nucléotides codent l'une des 21 couleurs." Les chercheurs ont ainsi assigné une couleur à chaque pixel. Pour récupérer les données, ils ont séquencé l'ADN et décodé l'information, avec une précision de 90 %.

PHOTO : à gauche, l'image originale ; à droite, celle reconstituée à partir de la bactérie.

Face à l'explosion des données numériques – projetée à 44 000 milliards de gigaoctets d'ici 2020 –, les chercheurs cherchent des supports de stockage ultra-compacts. "L'ADN est extrêmement stable, idéal pour archiver des données rarement consultées", note Shipman. Jusque-là, les expériences se limitaient à de l'ADN synthétique.

Shipman et son équipe ont innové en intégrant les données dans des cellules vivantes. "Il faut non seulement synthétiser l'ADN, mais aussi le livrer à la cellule et l'incorporer à son génome", précise-t-il.

À long terme, l'objectif dépasse le stockage : développer un "enregistreur moléculaire" pour capturer les événements cellulaires. "Stocker ces informations in vivo permettrait d'étudier les systèmes biologiques avec une précision inédite", conclut Shipman.

[]