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Le paradoxe de l'inspection : source inattendue de conflits en recherche

La philosophe des sciences Sylvia Wenmackers (KU Leuven), qui évite généralement les conflits, s'est récemment retrouvée au cœur d'une discussion animée. La cause ? Le paradoxe de l'inspection.

Cet épisode reste rare, mais mémorable. Au coin d'une rue, après une réunion infructueuse, mon collègue de la Young Academy et moi-même discutions avec un administrateur universitaire expérimenté. Tous trois étions passionnés.

Nous soutenions que les chercheurs postdoctoraux restent en moyenne trop longtemps dans ce statut sans évolution professionnelle. L'administrateur arguait que le pourcentage de postdocs à long terme est négligeable et que les politiques ne sauraient s'adapter à ces exceptions. Impossible de nous accorder : nous avons poursuivi notre chemin, chacun convaincu de son bon droit.

Quelques semaines plus tard, j'ai réalisé que nos visions – la nôtre basée sur des échanges avec des postdocs, la sienne sur les tableaux officiels du personnel – étaient parfaitement compatibles. C'était un cas classique du paradoxe de l'inspection !

Imaginez des inspecteurs visitant une école. Ils demandent la liste des élèves par classe pour calculer la taille moyenne des classes. Mais s'ils interrogent au hasard des élèves dans la cour de récréation, la moyenne obtenue sera plus élevée. L'école ment-elle ? Les élèves exagèrent-ils ?

Ni l'un ni l'autre. À moins que toutes les classes n'aient la même taille, sélectionner des classes au hasard ou des élèves au hasard ne donne pas le même résultat. La probabilité de choisir un élève d'une classe nombreuse est plus grande ! Pour la taille moyenne des classes, la liste officielle est exacte. Pour l'expérience moyenne des élèves, le sondage dans la cour est plus pertinent.

Les chercheurs postdoctoraux n'attendent pas, ils travaillent dur sur leur carrière scientifique

Autre illustration : beaucoup perçoivent toujours la file d'attente la plus lente comme la leur. Au-delà d'un biais négatif, nous passons objectivement plus de temps dans les files longues, créant plus de souvenirs. Pour optimiser l'expérience client, une enseigne doit cibler le temps d'attente moyen perçu, via la théorie des files d'attente – "les mathématiques de la queue", comme l'appelait Eveline Brandt en 1996 dans De Groene Amsterdammer.

Ce phénomène se manifeste aussi aux arrêts de tram. Si les tramways arrivent toutes les 10 minutes en moyenne, l'attente théorique est de 5 minutes. Mais avec des intervalles irréguliers (tram bondé tardif suivi d'un vide), la probabilité d'arriver pendant un long intervalle est plus élevée, augmentant l'attente réelle.

Les postdocs, eux, ne "patientent" pas : ils œuvrent activement pour leur carrière. Pourtant, le paradoxe s'applique. Sur une photo instantanée du personnel, les postdocs de plus de 6 ans sont rares (petit pourcentage). Mais interrogés eux-mêmes, cette minorité alourdit la moyenne. Reste le débat : la politique doit-elle s'adapter ?

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