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Il y a 50 ans : La naissance d'Intel et la révolution de la souris avec la 'Mère de toutes les démos'

Il y a 50 ans, le 18 juillet 1968, trois visionnaires fondent une entreprise qui va transformer le monde : Intel. Six mois plus tard, un autre jalon majeur de l'informatique voit le jour, celui que vous utilisez peut-être aujourd'hui : la souris d'ordinateur, présentée lors de la légendaire « Mère de toutes les démos ».

Seuls les paranoïaques survivent. Ce titre pourrait évoquer un roman de science-fiction sombre comme Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick, adapté au cinéma en Blade Runner. Comment réconcilier un avenir radieux avec les défis du présent ? Prévision et identité ?

« La technologie n'est ni bonne ni mauvaise, elle arrive tout simplement. » Andrew Grove

Dans Seuls les paranoïaques survivent (1996), Andrew S. Grove, ex-PDG d'Intel, partage une vision pragmatique de la gestion en période de crise. La traduction néerlandaise l'exprime crûment : La paranoïa paie – Comment profiter des crises en entreprise ou en carrière. Fondée sous le nom de NM Electronics avant d'adopter rapidement Integrated Electronics (Intel), l'entreprise a traversé 50 ans de tempêtes technologiques sans faillir.

Idéaliste

Andrew Grove est le stratège commercial du trio fondateur, aux côtés des génies techniques Robert Noyce et Gordon Moore. Noyce, surnommé « le maire de la Silicon Valley » et co-inventeur du circuit intégré, a donné son nom au siège d'Intel à Santa Clara. Moore est à l'origine de la célèbre loi de Moore : le nombre de transistors sur un circuit intégré double tous les deux ans grâce aux avancées technologiques. Grove résume : « La technologie n'est ni bonne ni mauvaise, elle arrive. Tout ce qui peut être fait le sera. Vous pouvez la freiner par des procès, mais elle contournera toujours les obstacles. La technologie gagne toujours. »

Six mois après la création d'Intel, un ingénieur américain, Douglas Engelbart, franchit un autre cap. « La révolution numérique dépasse l'invention de l'écriture et de l'imprimerie », affirme-t-il. Scientifique pragmatique, il insiste : « Votre développement personnel est proportionnel à votre tolérance aux échecs embarrassants. »

Idéaliste, Engelbart s'inspire de l'essai As We May Think de Vannevar Bush, publié en 1945 dans The Atlantic. Pendant son service militaire aux Philippines, il envisage des ordinateurs augmentant l'intellect humain plutôt que de le remplacer. En 1962, il publie Augmenting Human Intellect.

Souris

Début 1960, au Stanford Research Institute (SRI), Doug Engelbart et William English inventent le prototype de la souris : un « indicateur de position X-Y pour système d'affichage ». Engelbart pionnierise aussi l'hypertexte, les réseaux logiciels, la téléréunion et les interfaces graphiques fenêtrées.

« La révolution numérique est bien plus importante que l'invention de l'écriture et même de l'imprimerie. » Doug Engelbart

Engelbart démocratise l'ordinateur au-delà des calculs complexes. Financé six ans par la NASA et l'ARPA, il développe des réseaux informatiques. En 1961 : « Les problèmes complexes menacent la société ; leur résolution détermine son avenir. » En 1968 : « Augmenter l'efficacité humaine face aux défis urgents est vital pour la survie. »

Moïse et la mer Rouge

Le 9 décembre 1968, à la Fall Joint Computer Conference à San Francisco, Engelbart présente NLS (oN-Line System) lors d'une démo d'1h30 : « Un centre de recherche pour augmenter l'intellect humain ». Recherchez « Mother of all Demos » sur YouTube pour la voir.

Devant 1000 informaticiens sceptiques, relié à 50 km via modems haut débit (1200 bauds), il démontre souris, fenêtres redimensionnables, hypertexte, visioconférence... Standing ovation assurée. « Comme Moïse fendant la mer Rouge », dit Alan Kay, inventeur du Dynabook et de Smalltalk.

« Toutes les choses brillantes qu'Engelbart a produites ne sont que des babioles comparées aux idées qu'il a transmises. » Paul Saffo, observateur de tendances

Le surnom « Mère de toutes les démos » date de 1994, dans Insanely Great de Steven Levy.

Tricycle

Cette démo influence Arpanet (1969), Xerox PARC (Alto en 1973), Macintosh et Windows. Engelbart minimise la souris : « Juste un outil dans un projet plus vaste d'augmentation intellectuelle. »

Malgré l'engouement, l'adoption tarde. « Si la facilité primait, nous serions tous sur un tricycle », ironise Alan Kay. Les consommateurs rechignent à apprendre, préférant des produits simplistes.

La démo

Engelbart reste dans l'ombre face à Jobs ou Gates, jusqu'à sa reconnaissance en 1998. Il prédit : « Bientôt, une personne aura la puissance informatique d'une ville entière. »

Intel prospère : premier microprocesseur 4004 (1971), puces IBM PC (1981). En 2016 : 106 000 employés, 48,4 milliards d'euros de CA, 8,4 milliards de bénéfice. Malgré une amende de 1,06 milliard en 2009 pour abus de position dominante.

En 2015, La démo, performance musicale de Mikel Rouse et Ben Neill, recrée l'événement au Bing Concert Hall de Stanford. Engelbart, décédé en 2013 à 88 ans, y parle via archives : « Service System Development... Devenir. Nos produits. »

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