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Cinq conseils d'experts pour une pêche durable en haute mer

En novembre, le gouvernement flamand interdira la pêche de plage avec des filets maillants. Des experts interrogés par Eos en 2010 plaidaient déjà pour des techniques de pêche alternatives, une meilleure régulation de la pression de pêche et des zones protégées.

Cinq conseils d experts pour une pêche durable en haute mer

Le gouvernement flamand approuvera en novembre l'interdiction de la pêche de plage aux filets maillants. Ces filets à mailles fines capturent les poissons sans discernement et sont critiqués depuis des décennies. Selon Natuurpunt, au moins un tiers des marsouins communs échoués ce printemps dans des filets enchevêtrés sont morts. Cette interdiction est un pas positif, mais que faut-il encore changer pour une pêche plus durable ? Eos l'a demandé en 2010 à des scientifiques de l'ILVO (Institut flamand de recherche agricole et halieutique) et de l'IMARES (Institut d'études sur les ressources marines et les écosystèmes) de l'Université de Wageningen.

1. Stimuler les techniques de pêche alternatives

La pêche au chalut, où un navire tire un filet, et surtout le chalut à perche, a mauvaise réputation. Ce filet en entonnoir, maintenu ouvert par un tube en acier traîné sur le fond, ravage les fonds marins et consomme beaucoup de carburant.

Le chalut à perche domine en mer du Nord, notamment en Belgique et aux Pays-Bas, mais cela change, au bénéfice du secteur, selon Kris Cooreman, expert en pêche et directeur du département recherche halieutique à l'ILVO. « Remplacer le chalut à perche par des filets plus légers avec planches à raser réduit les dommages au sol et la consommation de carburant de 40 à 70 %. Une autre option est la pêche à la bouée : une corde de plusieurs kilomètres est abaissée au fond tandis que le bateau tourne en rond, concentrant les poissons dans un petit filet central. »

La pêche au chalut va disparaître, car elle n'est plus rentable.

Dans des pays avancés comme les États-Unis, même les chaluts modifiés sont délaissés. « Le fond marin est toujours impacté », note Han Lindeboom, professeur d'écologie marine à l'IMARES. Cooreman ajoute : « À terme, la pêche passive – filets droits, hameçons ou pièges – est l'avenir, sans modifications radicales des bateaux. »

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De plus en plus de pêcheurs adoptent ces alternatives : en Belgique, 70 % de la flotte utilise encore le chalut à perche, contre presque 100 % autrefois. La rentabilité prime : un chalutier à perche consomme 3 000 à 4 000 litres de carburant par jour, contre 100 litres pour un chalut maillant.

2. Réduire les prises accessoires

De 10 à 60 % des prises sont rejetées, souvent mortes : espèces sans valeur commerciale, poissons trop petits ou quotas épuisés. Limiter ces rejets réduit l'impact.

Parfois, les trois quarts des captures sont rejetés comme prises accessoires.

« Les techniques passives sont plus sélectives », explique Cooreman. « On choisit le filet, l'hameçon ou l'appât pour cibler sole, plie ou cabillaud. » Le chalut à crevettes est pire : jusqu'à 75 % de rejets, souvent de juvéniles.

Le chalut à impulsions (ILVO) génère des chocs électriques pour attirer les crevettes sans toucher les autres. Des tests pour poissons sont en cours. Aux Pays-Bas, l'hydrorouleau crée des tourbillons pour surprendre sole et plie, réduisant les rejets. Des filets à mailles carrées ou zones d'évacuation aident aussi.

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Ces avancées aident, mais la surpêche aggrave le problème : moins de pêche est essentiel.

3. Changer le système de quotas

Les quotas européens, basés sur captures et structures d'âge (otolithes), sont fixés annuellement. Mais ils échouent : poissons capturés comptent dans les quotas même s'ils sont rejetés.

« Les quotas sont inefficaces », juge Kelle Moreau (ILVO). Une approche multi-espèces et incluant pêche récréative, maladies ou climat est nécessaire.

Des échantillonnages en mer corrigent les données. Aux Pays-Bas, des pêcheurs prélèvent eux-mêmes des échantillons.

4. Délimiter des zones protégées

Les aires marines protégées (AMP) favorisent la reconstitution des stocks. Succès au Banc Georges (cabillaud). Kris Hostens (ILVO) : « Elles profitent aux pêcheurs en permettant la reproduction. »

Trois à cinq kg de poisson sauvage pour 1 kg de saumon d'élevage.

Zones Natura 2000 existent, mais pas pour stocks commerciaux. Fermetures temporaires (ex. mer Celtique) sont prometteuses. Les pêcheurs résistent, mais compensations et techniques sélectives peuvent aider.

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5. Rendre l'aquaculture plus respectueuse de l'environnement

La moitié du poisson consommé vient de l'aquaculture. Problème : alimentation au poisson sauvage (3-5 kg pour 1 kg de saumon).

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Daan Delbare (ILVO) : « Recherches réduisent la farine de poisson (soja, algues pour EPA/DHA). Privilégier espèces basses trophic (sole : 1 kg nourriture/kg chair). Lâchers de juvéniles alevins restaurent les stocks sauvages. »

Cet article est paru dans Eos en janvier 2010.

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