Johan Van Overtveldt (N-VA) propose de baisser les accises sur le tabac pour augmenter les recettes fiscales. Une illustration d'une politique anti-tabac défaillante. Voici cinq améliorations concrètes, basées sur des données fiables de l'OMS et d'experts.

Imaginons : 15 000 personnes meurent chaque année en Belgique à cause d'une substance toxique dans les œufs, ou 40 décès quotidiens liés aux appels téléphoniques. Quelle serait votre réaction en tant que responsable ?
Cet exercice reflète la réalité du tabagisme : environ 15 000 décès par an en Belgique, soit 40 par jour. Pourtant, les mesures anti-tabac manquent de fermeté comparées à d'autres risques hypothétiques.
Selon le Tobacco Control Scale, qui évalue les politiques anti-tabac en Europe, la Belgique est 13e, à égalité avec les Pays-Bas. Des progrès sont possibles. Actuellement, 23 % des Belges fument, dont 19 % quotidiennement (contre 25 % en 2008). L'Institut scientifique de santé publique note une baisse modérée nécessitant des actions renforcées.
Remarquable : le tabagisme chez les jeunes augmente. L'enquête VAD (2013-2014) indique que 25,1 % des 12-18 ans ont fumé l'année précédente (19,4 % un an plus tôt). L'OMS alerte : "Le pourcentage de jeunes fumeurs en Belgique est alarmant", selon Luminita Sanda. La Coalition contre le tabac critique l'absence de protection suffisante pour les jeunes.
Que peut-on améliorer ?
1. Prix élevés
L'OMS considère les accises élevées comme la mesure la plus efficace et économique pour décourager le tabagisme. Pourtant, Johan Van Overtveldt (N-VA) envisage une baisse pour booster les ventes. Maggie De Block (Open Vld), ministre de la Santé, défend au contraire les taxes incitatives à l'arrêt du tabac.
2. Gros avertissements et emballages neutres
La politique actuelle envisage seulement les paquets neutres. Des succès sont observés ailleurs : Royaume-Uni, Irlande, France (2016) et Australie (2012), avec emballages bruns, avertissements géants et photos choc. En Australie, les fumeurs quotidiens ont chuté de 15 % (2010-2013). Guido Van Hal (UAntwerp) confirme : les jeunes perçoivent ces paquets comme "bon marché" et peu attractifs. La Coalition nationale contre le tabac (NCT), incluant Fondation contre le cancer et VIGeZ, en fait une priorité.
3. Aide accessible pour arrêter
L'arrêt est plus efficace avec un soutien : consultations médicales, tabacologues, lignes d'aide, patchs, chewing-gums, Zyban ou Champix. Maggie De Block étudie un remboursement accru des traitements. En Flandre, depuis 2017, les consultations chez un tabacologue coûtent 20 € (au lieu de 50 €), et moins d'1 € pour les bas revenus.
4. Restreindre l'industrie du tabac
L'OMS voit l'industrie comme vecteur de l'épidémie tabagique. En Belgique et aux Pays-Bas, pas d'interdiction totale de publicité (autorisée en points de vente) ni d'affichage visible, contrairement à l'Irlande, Suède ou Royaume-Uni. Le NCT demande ces interdictions.
5. Espaces publics et privés sans tabac
Les zones fumeurs ventilées contredisent l'OMS : seule l'interdiction totale protège. Le non-respect dans la restauration est fréquent (18 % d'infractions en 2014). Le NCT plaide pour une interdiction en voiture avec enfants, comme au Royaume-Uni ou en France. Environ 68 000 enfants sont exposés à la fumée à domicile (Kom Op Tegen Kanker).
Ceci est une refonte d'un article paru dans le magazine Eos en octobre 2015.
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