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Cuisses de grenouilles : un commerce mondial aux graves risques écologiques et éthiques

Les méthodes d'abattage cruelles, la propagation de maladies et les risques écologiques exigent une régulation stricte du commerce international des cuisses de grenouilles.

Cuisses de grenouilles : un commerce mondial aux graves risques écologiques et éthiques

Le commerce des cuisses de grenouilles, ces morceaux populaires des menus, ne peut plus perdurer sans contrôle. Les pratiques d'abattage brutales, la diffusion de maladies et les impacts environnementaux appellent à des réglementations immédiates et rigoureuses.

Aux Pays-Bas, les grossistes Makro et Deli XL ont cessé de vendre des cuisses de grenouilles suite aux pressions de l'association Wakker Dier, qui dénonce le dépeçage sans anesthésie. Bien que rares dans les supermarchés, elles figurent encore souvent aux cartes des restaurants, sourcées auprès de grossistes importateurs d'Indonésie, Bulgarie et Roumanie.

Cuisses de grenouilles : un commerce mondial aux graves risques écologiques et éthiques

Article détaillé paru dans le numéro de décembre d'Eos.

« Pourquoi si peu de recherches écologiques de terrain sur les grenouilles et amphibiens ? Cela demande temps, main-d'œuvre et coûts élevés », explique le professeur Vance Vredenburg de l'Université d'État de San Francisco. « Les animaux sont difficiles à repérer. Une fois, quinze personnes ont passé une semaine et demie dans les forêts nuageuses du Guatemala pour n'observer que trois salamandres ! »

Partout dans le monde, reptiles et amphibiens sont en péril. L'ONU alerte : selon la Liste rouge de l'UICN, 30 % des espèces d'amphibiens sont « en danger » ou pire. La dégradation des habitats (déforestation, sécheresse, changement climatique) est la cause principale, aggravée par le commerce d'animaux vivants comme animaux de compagnie.

Frogmagheddon
Les lacunes en connaissances écologiques freinent l'action. Des études ADN révèlent souvent que des « espèces connues » sont en réalité plusieurs distinctes. Sans bases scientifiques solides, politiques et ONG comme le WWF peinent à intervenir.

Le vent tourne avec l'essor des épidémies. Depuis les années 1960, les ranavirus (rana = grenouille en latin) touchent amphibiens, reptiles et poissons. En 2010, première infection de grenouilles néerlandaises : environ 1 000 morts.

Les reptiles et amphibiens ne sont pas « câlins ». Les politiciens n'y gagnent pas de votes, les clubs nature pas de dons.

Depuis 1993, le champignon Batrachochytrium dendrobatidis (Bd) décime les amphibiens. Son cousin Batrachochytrium salamandrivorans (Bs), découvert récemment, est responsable du déclin brutal de la salamandre tachetée aux Pays-Bas, selon l'Université de Gand et RAVON.

Ces menaces ravivent l'attention sur le commerce mondial des cuisses de grenouilles (viande de grenouilles sauvages ou d'élevage), oublié depuis longtemps. Les experts prédisent un « Frogmagheddon ».

Une enquête journalistique démarre par une pub Makro : « Cuisses de grenouilles, -30 % ». Aux Pays-Bas, les espèces locales sont protégées, mais les importées le sont rarement, sauf si listées CITES. La plupart des grenouilles comestibles n'y figurent pas.

↓ Ferme de grenouilles en Thaïlande.

Cuisses de grenouilles : un commerce mondial aux graves risques écologiques et éthiques

« L'importation reste légale », note le Parti pour les Animaux, qui a interpellé les ministres en 2009 et 2012 sans suite. En Belgique, elles pullulent encore en supermarchés.

120 par jour
« Frog billekes » amusent, avec leur goût sucré rappelant le poulet. Tradition française et belge, mais preuves archéologiques remontent à 9 000 ans près de Stonehenge, et plus anciennes en Chine, République tchèque, Grèce, Rome.

Aujourd'hui, plus de 200 espèces capturées localement en Asie du Sud-Est, Afrique, Amérique latine. En Chine, 39 espèces à grande échelle ; 12 en déclin marqué. Surexploitation en Afrique centrale, Mexique, Nigeria (120 grenouilles sauvages/semaine par villageois). L'Indonésie exporte 30-140 millions/an, malgré consommation locale x7.

En Europe, surpêche passée a protégé 20 espèces via Convention de Berne (1982) et directives UE. Mais l'appétit persiste : transferts vers Inde/Bangladesh (effondrement populations, explosion pesticides), puis interdictions CITES (1985), reprises par Vietnam/Indonésie.

L'UE importe 100 à 250 millions de grenouilles/an (4 600 t).

USA leader mondial (2 300 t/an + vivants). Principales espèces : ouaouaron américain, géante de Java, etc.

Hacher ou couper
240-440 millions de grenouilles tuées/an pour l'Occident, impactant contrôle ravageurs, oiseaux, qualité eau. Abattage cruel : en Indonésie (Mirza Kusrini, Bogor), chasse nocturne, découpe vivante sans anesthésie. Têtes survivent minutes/heures (Frank Pasmans, UGent). Douleur comparable aux vertébrés.

Cuisses de grenouilles : un commerce mondial aux graves risques écologiques et éthiques

Aucune méthode idéale : hypothermie inefficace, électrocution trop brève. Coup à la tête recommandé mais laborieux.

Intérêts
Manque de données bloque CITES (échec 1992). Faible popularité politique. Pressions lobbies. ONG prudents face à partenaires exportateurs.

Après décapitation, une grenouille vit minutes à heures.

Rapport « Canapés to Extinction » (2012, ProWildlife) met en lumière risques, surtout Bd via commerce.

Cuisses de grenouilles : un commerce mondial aux graves risques écologiques et éthiques

Aquaculture (ouaouarons) empire : invasifs, porteurs Bd.

CITES 2016
Appels à régulation CITES 2016, arrêt commerce vivants, réforme élevage. Experts : stop total préférable (Stefan Marquard, Frank Pasmans).

Champignon avancé
Cuisses de grenouilles : un commerce mondial aux graves risques écologiques et éthiquesBd touche 500+ espèces, éteint 94. Chytridiomycose bloque respiration/humidité. Mystères persistent (Vredenburg).

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