Lorsque Muhammad Ali a mis un terme à sa carrière de boxeur à la fin des années 1970, une démence a rapidement été diagnostiquée. Ali n'était pas un cas isolé : un boxeur professionnel sur cinq développe la démence pugilistique avant 30 ans.
En boxe, les coups à la tête sont inévitables. Une commotion cérébrale isolée peut se résorber avec du repos, mais les lésions répétées ne guérissent jamais complètement. Ces dommages cumulés augmentent le risque de démence. Une fois un seuil critique de cellules nerveuses détruites atteint, la maladie s'installe.
« Le meilleur prédicteur reste le nombre de KO subis en combat et le temps d'entraînement », explique Erik Matser, neuropsychologue dirigeant une clinique à Helmond et spécialiste des lésions cérébrales chez les athlètes de haut niveau comme les boxeurs et footballeurs.
Un boxeur professionnel sur cinq développera des symptômes de démence avant 30 ans
Jusqu'à 80 % des boxeurs présentent des lésions cérébrales permanentes : dégradation des fibres nerveuses, mort cellulaire. Beaucoup contractent la démence pugilistique 7 à 25 ans après leur retraite, maladie proche de Parkinson et Alzheimer. Symptômes : troubles du langage et de la pensée, instabilité, amnésie, tremblements, incoordination motrice. Leur cerveau est atrophié, la matière grise amincie, les ventricules élargis.
Comme dans Alzheimer, absence de myéline protectrice des nerfs. Plaque d'amyloïdes (Aβ4) agglutinent les protéines, tuant les neurones. Ces plaques apparaissent deux heures après un traumatisme crânien. Une étude montre qu'un tiers des décès par coup à la tête présentent ces plaques, même chez les jeunes.
Tous les boxeurs ne développent pas la démence, mais plus de coups augmentent les risques. « Imaginez un central téléphonique : les connexions se rompent, entraînant lenteur cognitive, troubles de concentration et inconscience rapide », illustre Matser.
Les gènes jouent aussi un rôle. Barry Jordan (New York Weill Cornell Medical Center) a identifié l'APOE-ε4, lié à Alzheimer, comme facteur de vulnérabilité aux lésions chroniques chez les boxeurs (23-76 ans). Tous les cas graves portaient ce gène, mais plus d'études sont nécessaires.
Un casque absorbe les impacts directs visibles, mais pas les rotations crâniennes causant cisaillements internes, hémorragies ou thromboses. Pire, il prolonge les carrières en encourageant plus de combats, aggravant les dommages. Il protège mieux des fractures superficielles. L'entraîneur Renald De Vulder note : « Les protections actuelles sont supérieures : gants plus lourds sans crin, ruban limité aux jointures.»
En Belgique et aux Pays-Bas, peu de lois protègent les boxeurs. Les règles olympiques amateurs priorisent la technique, mais la pratique pro diffère. En Belgique, la loi de 1962 a été abrogée en 1991, supprimant permis et limites de combats.
Un comité d'experts propose des mesures pour tous sports de combat : interdire combats déséquilibrés (pour gonfler les palmarès), limiter KO par carrière, porter repos post-KO à deux mois. Renald De Vulder confirme : « Les boxeurs sont KO deux mois en réalité.»
Parfois, un casque cause plus de dommages : il permet d'encaisser plus de coups
Arbitres doivent avoir plus d'autorité médicale, stopper les fatigues (coups x2 plus destructeurs). Éducation obligatoire des boxeurs.
Le comité prône un âge minimum de 15 ans sans contact, avec sensibilisation aux risques. Interdite pro en Norvège, Suède, Islande, Cuba, Corée du Nord ; pressions médicales récurrentes ailleurs.
« Comment protéger du libre arbitre ? Si caissiers risquaient autant, ce job serait interdit », note Matser. De Vulder distingue amateurs (technique) et pros ; Van Driessche veut une protection universelle.
Les boxeurs minimisent souvent les risques. Prévention et information s'imposent, mais la culture pugilistique normalise les KO, contrairement au foot.