Le gouvernement néerlandais a décidé de réduire temporairement l'extraction de gaz dans la province de Groningue. Cette activité provoque chaque année des dizaines de séismes, dont la magnitude peut théoriquement atteindre 5,0 sur l'échelle de Richter.
Depuis 1986, les provinces néerlandaises de Groningue et de Drenthe connaissent des tremblements de terre qui, avec une certitude de 99,99 %, sont dus à l'extraction de gaz. Avant cette date, aucun séisme n'avait été enregistré dans le nord des Pays-Bas.
Le gaz naturel de Groningue est piégé dans des cavités de grès poreux. Lorsque le gaz est extrait, la roche réservoir se comprime sous la pression des couches supérieures, entraînant un affaissement irrégulier du sol en raison de variations de porosité. Cette compression crée des tensions qui se libèrent le long de failles existantes.
L'exploitation du vaste gisement de Groningen, contenant 2 700 milliards de mètres cubes de gaz, a débuté en 1959. Le premier séisme notable est survenu en 1986. Jusqu'en 1993, la Nederlandse Aardolie Maatschappij (NAM), coentreprise de Shell et Exxon, a nié tout lien. Ces dernières années, l'augmentation spectaculaire des séismes a forcé NAM et le gouvernement à reconnaître les faits. Plus l'extraction augmentait, plus les tremblements de terre se multipliaient : de 4 par an (supérieurs à 1,4) entre 1991 et 2002 à 28 en 2011. Le plus fort, de magnitude 3,6, a frappé près de Loppersum en 2012. Des cas similaires ailleurs indiquent un risque maximal de 5,0.
Tremblements de terre induits par les barrages
Comparé au séisme dévastateur de Wenchuan (Chine) le 12 mai 2008 (magnitude 8,0), ces événements paraissent mineurs. Ce tremblement, ressenti jusqu'à Shanghai (1 700 km), a tué près de 70 000 personnes, blessé 370 000 autres et laissé 5 millions de sans-abri. Les géologues chinois l'attribuent à des failles de la ceinture de Yingxiu, à 14-19 km de profondeur.
Cependant, le géologue Christian Klose (Université de Columbia, New York) a hypothétisé, lors d'une réunion de l'American Geophysical Union en 2008, un lien avec le barrage de Zipingpu sur la rivière Min. Achevé en 2006, ce barrage en terre a rempli son réservoir de 320 millions de tonnes d'eau, exerçant une pression sur une faille proche et accélérant le séisme de plusieurs siècles.
Initialement nié par les autorités chinoises, ce lien a été confirmé en 2012 par Fan Xiao, géologue du Bureau de la géologie du Sichuan. Le séisme provenait d'une zone de failles à 6-9 km de profondeur près du réservoir, déclenché par une hausse rapide de la pression des fluides.
Les "tremblements de terre de réservoir" ne sont pas nouveaux : augmentation de sismicité près du barrage Hoover (Nevada-Arizona, 1930s) ; séisme de 6,7 en Inde (1967) lié au barrage de Koyna, nié par les autorités.
Fracturation hydraulique et injections
L'extraction de pétrole et de gaz pose aussi problème. Aux États-Unis (Texas, Arkansas, Oklahoma, Kansas), les séismes ont explosé. Selon l'US Geological Survey, les événements supérieurs à 3,0 sont passés de 21 à 188 par an en peu de temps, dus à l'injection de milliards de litres d'eaux usées et de fracturation à 1-2 km de profondeur, près de failles.
La fracturation hydraulique (fracking) force de l'eau sous haute pression pour fissurer les roches. Le Texas compte plus de 10 000 puits d'injection. Un test à Blackpool (Royaume-Uni, 2011) a provoqué deux séismes (2,3 et 1,5), dus à la pression liquide sur les failles.
Phénomène observé aussi en géothermie : à Bâle (Suisse, 2006), injections d'eau ont causé 4 séismes de 3,0 ; à The Geysers (Californie), séisme de 4,5 en 2014 près de 22 centrales.
Dénégations et mesures
Longtemps, l'idée de séismes humains a été ignorée. Chine (2008), Inde (Koyna), Australie (Newcastle 1989, mines de charbon) et Texas nient encore souvent. Admettre un lien expose à des indemnisations et régulations.
Preuves solides manquent souvent, mais à Groningue, NAM indemnise les 10 000+ sinistres (dommages dus à faible profondeur, max 3,6). Le gouvernement impose une réduction de production, attendue halver les séismes avec retard.
Éviter totalement (sans barrages/mines) est radical. Recherche accrue sur failles, roches et historique sismique est essentielle pour sites sûrs. Alternatives : recycler eaux de fracking. À Groningue, peser bénéfices (gaz, emplois) vs coûts (dommages).
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