Deux tremblements de terre majeurs ont jadis détruit Sagalassos, une ancienne cité prospère du sud-ouest de la Turquie. La "faille de Sagalassos" semble à nouveau active.

Sagalassos, joyau de l'Empire romain, a été ravagée par deux séismes majeurs et une épidémie de peste au VIe siècle, menant à son abandon progressif.
Redécouverte en 1706 par le médecin français Paul Lucas lors d'une mission pour Louis XIV, puis identifiée en 1824 par le missionnaire anglais Arundell, la ville a été fouillée dès 1983 par l'archéologue belge Marc Waelkens de l'Université de Louvain, qui en a fait l'œuvre de sa vie.
Cette semaine, un tremblement de terre a secoué l'équipe archéologique sur site. Sans blessés ni dommages majeurs, cet événement confirme les soupçons : une faille active traverse Sagalassos, responsable des destructions antiques. Le géologue Manuel Sintubin, de KU Leuven, explique dans le KU Leuven Blogt : « S'élevant au-dessus de Sagalassos, le flanc de la montagne est l'expression scénique d'une faille tectonique. Des branches de cette fracture traversent également la ville antique. [...] Ce tremblement de terre, avec un foyer à environ sept kilomètres de profondeur, s'est très probablement produit sur 'notre' faille de Sagalassos. »
Au fil de vingt ans, l'équipe de Marc Waelkens a reconstruit monuments, fontaines et bâtiments via l'anastylose, réutilisant les éléments originaux sans renforcer excessivement les structures. Waelkens précise : « Nous veillons à ce que les lignes de faille historiques restent des points faibles, afin que les pierres se cassent de la même manière lors d'un nouveau séisme et qu'aucun nouveau dommage ne soit causé. »
Le premier Eos Memo consacrait un article détaillé à Sagalassos, téléchargeable au format PDF ici.
Une salle à manger figée dans le temps
Mardi, les archéologues ont mis au jour une salle à manger intacte datant de 200 apr. J.-C. Cuillères, pichets en verre, gobelets, lampes à huile et vaisselle en céramique y étaient intacts, comme abandonnés la veille. Plats et bols conservaient des restes de nourriture, évoquant un repas collectif pour des dizaines de convives, soudainement renversé et laissé ainsi.

Le gaspillage du repas de groupe, jeté vers 200 apr. J.-C. © Projet Sagalassos & Bruno Vandermeulen, KU Leuven
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