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2018 : l'année des grands séismes ? Analyse scientifique d'une prédiction médiatique

Alors que 2018 n'a pas encore commencé, les médias la qualifient déjà de "l'année du tremblement de terre". Non pas en raison de la sortie d'un livre sur le sujet, mais en se basant sur des déclarations de géologues prévoyant une hausse "significative" des séismes majeurs. Mais est-ce fondé ?

2018 sera-t-elle l'année du grand séisme ? Une apocalypse sismique nous menace-t-elle ? Selon le modèle de Bendick et Bilham, nous approchons d'une période de pic de séismes majeurs synchronisés globalement ("Les changements de rotation terrestre peuvent-ils prédire les séismes ?", Trembleur, 22 nov. 2017). Cela élève légèrement la probabilité d'un événement majeur sur les 5 prochaines années par rapport à la normale. Cependant, cette hausse concerne principalement des zones déjà hautement sismiques et bien préparées. Elle ne présage pas nécessairement de catastrophes.

Au-delà d'un possible lien avec les fluctuations de la rotation terrestre, l'étude principale conclut que les séismes majeurs ne sont pas aléatoires, mais temporellement dépendants. Concrètement, un séisme majeur sur un système de failles spécifique (temps de recharge ~50 ans) augmente les chances d'un autre événement similaire ailleurs, grâce à une synchronisation mondiale. Le pouvoir prédictif reste toutefois limité.

Nous saurons d'ici un an si 2018 marque ce pic. Sinon, 2019 ou 2020 pourraient l'être... Seul le temps le dira.

Horloges à pendule de Huygens

Danse synchronisée

Rotation de la Terre

L'année du tremblement de terre ?

2018 : l année des grands séismes ? Analyse scientifique d une prédiction médiatique

Basée sur l'étude de Bendick et Bilham publiée dans Geophysical Research Letters, la question est de savoir si 2018 verra une hausse "substantielle" des séismes >M7,0 ("La Terre tourne plus lentement : plus de grands séismes attendus", De Morgen, 17 nov. 2017). 2017 a été calme avec seulement 7 événements majeurs (moyenne : 15 ±5).

Ces reportages sensationnalistes découlent d'une mauvaise interprétation, notamment de Roger Bilham ("Plus de grands séismes en 2018 dus au ralentissement de la rotation terrestre", The Guardian, 18 nov. 2017). Rebecca Bendick a corrigé le tir ("La vraie science derrière les prédictions exagérées de séismes en 2018", The Washington Post, 21 nov. 2017). L'étude réelle (Bendick & Bilham, 2017, DOI:10.1002/2017GL074934) est bien plus nuancée. Les journalistes l'ont-ils lue ?

Les oscillateurs couplés par de faibles forces se synchronisent, comme observé par Huygens en 1665 avec des horloges à pendule. Une vidéo de métronomes en illustre le principe.

Les cycles sismiques – accumulation puis relâchement de contraintes – agissent comme des oscillateurs. Bendick et Bilham montrent que les séismes >M7 sur failles à recharge 20-70 ans se synchronisent mondialement, provoquant des fluctuations cycliques tous ~25 ans (±10).

Ces systèmes, aux limites des plaques tectoniques, sont sensibles à de subtiles variations de contraintes globales (millimétriques). Les pics augmentent les séismes de ~15 %, soit 2-3 de plus par an (jusqu'à >8 exceptionnellement) sur la moyenne de 15 (±5).

Les fluctuations sismiques correspondent aux variations cycliques (~30 ans) de la rotation terrestre. Les ralentissements (jours plus longs de microsecondes), précédés de 5-6 ans de décélération, coïncident avec les pics. Depuis 2011, un tel ralentissement est observé, suggérant 5 ans de séismes accrue.

Ce ralentissement modifie légèrement l'aplatissement terrestre, générant des tensions équatoriales qui synchronisent les failles sensibles.

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