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Guêpes sibériennes contre l'agrile du frêne : une réduction de 75 % des populations pour sauver les frênes

Au début des années 1990, les frênes du Michigan ont commencé à mourir en masse. En 2009, 99 % d'entre eux avaient disparu, laissant des forêts jonchées de troncs nus. Le responsable, identifié en 2002, est un coléoptère irisé de la taille d'un grain de riz : l'agrile du frêne. Originaire du nord-est de l'Asie, cet insecte pond ses œufs dans l'écorce interne vivante des frênes. Les larves se nourrissent ensuite de cette écorce, l'encerclant progressivement et tuant l'arbre.

Les mesures de quarantaine ont freiné sa propagation, mais l'agrile du frêne a aujourd'hui envahi la plupart des États américains. Fin 2022, le gouvernement fédéral a levé toute quarantaine, reconnaissant sa présence irréversible. Les neuf espèces de frênes nord-américains semblaient condamnés, à l'image du châtaignier américain, rendu fonctionnellement éteint au début du XXe siècle par un champignon introduit.

Pourtant, une stratégie biologique innovante porte ses fruits.

Depuis 2007, les États-Unis libèrent des guêpes parasites pour contrôler ces coléoptères ravageurs. Une étude de cinq ans menée par une équipe du Département américain de l'Agriculture (USDA) montre qu'une guêpe sibérienne récemment identifiée réduit les populations d'agrile du frêne de 75 % dans les forêts de frênes matures, ouvrant la voie à leur régénération à long terme.

« Enfin, nous voyons la lumière au bout du tunnel », déclare Jian Duan, premier auteur de l'étude et écologiste à l'USDA, qui étudie la lutte contre l'agrile depuis des décennies.

Le cercle de la vie écologique

En Chine, en Sibérie et en Corée, frênes et agriles coexistent en équilibre. Les frênes d'Asie de l'Est possèdent des défenses naturelles : ils isolent les larves dans le bois, les affamant. Mais les agriles y restent rares grâce aux guêpes parasites qui les traquent sans relâche. Jian Duan note que même les frênes américains importés prospèrent dans les rues de Pékin, prouvant qu'un contrôle optimal des populations d'agrile permet leur survie.

Guêpes sibériennes contre l agrile du frêne : une réduction de 75 % des populations pour sauver les frênes

Ces guêpes dépendent presque exclusivement de l'agrile du frêne. Découvertes par des chercheurs comme Duan lors de prospections en Asie, elles parasitent œufs ou larves : les jeunes guêpes dévorent leur hôte de l'intérieur.

Tetrastichus planipennisi, une espèce parasitant les larves, s'est révélée efficace dans les forêts du Michigan. Là, de jeunes frênes repoussent sur les sites des anciens, et Tetrastichus protège ces recrues.

Dans le Nord-Est, où l'agrile s'installe encore, Tetrastichus peine face aux arbres matures, son tube de ponte trop court pour percer l'écorce épaisse.

C'est là qu'intervient Spathius galinae, découverte en 2007 par des chercheurs russes et autorisée aux États-Unis en 2015. Plus imposante, elle dépose ses œufs avec un ovipositeur de 4 à 6 mm, capable de traverser les écorces les plus dures.

En Asie, Spathius domine les forêts anciennes du Nord, tandis que Tetrastichus excelle dans les peuplements jeunes. Ce programme de biocontrôle américain recrée ces équilibres naturels.

Une guêpe plus robuste pour les défis majeurs

Approuvée en 2015, Spathius galinae a été libérée par milliers dans des forêts expérimentales du New York, Massachusetts et Connecticut. Pour évaluer son impact, l'équipe de Duan a analysé l'écorce des arbres : « Un examen médico-légal révèle les causes de mortalité des larves », explique-t-il. Cocons de guêpes et trous de pics confirment l'efficacité des prédateurs.

Guêpes sibériennes contre l agrile du frêne : une réduction de 75 % des populations pour sauver les frênes

D'ici 2020, Spathius avait ralenti la propagation de l'agrile à un quart de son rythme initial. Bien que persistante, l'épidémie devrait décliner d'ici 2024.

Les grands frênes expérimentaux montrent encore des signes de déclin : « Même en contrôlant le ravageur, les arbres déjà infestés succombent », note Duan. La première vague invasive est dévastatrice, comme un feu de forêt.

Mark Abrahamson, du programme de protection des plantes du Minnesota, qui a libéré un demi-million de guêpes depuis 2010, insiste : en milieu urbain, traitements ou abattages ciblés restent nécessaires. Le biocontrôle excelle en forêt, pas en paysage dispersé.

L'objectif ? Établir un équilibre durable, comme en Asie, maintenant l'agrile à faible densité pour permettre aux frênes survivants de se régénérer.


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