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Les États-Unis perdent leurs plus grandes réserves d'eau douce : alerte d'une étude scientifique majeure

Moins de 3 % de la surface terrestre est couverte d'eau douce. Si ce pourcentage reste stable, la croissance démographique, elle, explose. Seulement 1 % de cette eau douce est accessible aux plus de 7,7 milliards d'humains.

Face aux craintes croissantes de pénurie d'eau, une étude de 2018, publiée ce mois-ci dans Nature, analyse l'évolution de la disponibilité en eau douce. Xander Huggins, doctorant à l'Université de Victoria et au Global Institute for Water Security de l'Université de la Saskatchewan, et ses collègues, aident ainsi les experts et gestionnaires à anticiper les flux de cette ressource vitale.

L'équipe a examiné 1 204 bassins hydrographiques mondiaux pour évaluer comment la disponibilité en eau interagit avec les facteurs sociaux, créant des vulnérabilités communautaires. Le stress hydrique – ratio entre l'eau prélevée et celle s'écoulant naturellement du bassin chaque année – est clé : un niveau élevé réduit l'eau pour les écosystèmes et les humains, explique Huggins. Les résultats ont été croisés avec les changements de stockage dans les aquifères et glaciers.

Huggins révèle que 42 % des 478 bassins les plus stressés perdent disproportionnellement leurs réserves. Cela concerne le sud et sud-ouest des États-Unis, le centre de l'Argentine et le Moyen-Orient, zones déjà sous pression. Selon les calculs, 2,2 milliards de personnes et 27 % de la production mondiale de cultures dépendent de bassins en assèchement.

Identifier les sources d'eau vulnérables

Après avoir cartographié les zones à haut risque, Huggins a développé un indice de vulnérabilité intégrant stress, stockage, préparation gouvernementale et capacité économique. Ce cadre identifie les "points chauds" pour prioriser les actions des décideurs.

Cet indice, simplifié pour une application globale, montre que sur 168 zones "très élevées" ou "élevées", les plus vulnérables souffrent d'une mauvaise gestion hydrique, surtout si transfrontalières. L'Algérie, l'Inde et le Kazakhstan affichent des vulnérabilités élevées avec une gestion défaillante.

Les États-Unis scorent bien en adaptabilité sociale, mais font face à des défis : contamination, coûts élevés et accès inégal. Jill Ryan, de Freshwater Future, pointe le plomb dans les canalisations de l'Illinois et Ohio, et les factures gonflées par le remplacement des infrastructures.

Les conditions météo extrêmes déstabilisent aussi : les Grands Lacs, 20 % de l'eau douce de surface mondiale, fluctuent plus violemment. "Fluctuations rapides et sévères, records battus annuellement", note Ryan.

Ryan et Huggins alertent sur les nappes phréatiques : près d'un cinquième des puits US risquent l'assèchement par surexploitation. "Les riches creusent plus profond, aggravant les inégalités et l'insécurité hydrique rurale", dit Huggins.

Pénurie dans le sud-ouest

Le sud-ouest US est critique. Les bassins du Colorado et Rio Grande soutiennent 40 millions d'habitants, une économie de 1 000 milliards de dollars, et des sites sacrés autochtones. Mais d'ici 2050, -20 à 30 % d'eau prévue, per Colorado Water Center.

Surexploitation ("eau de papier" vs "eau réelle") et climat induit par l'homme sont responsables, selon Michael Fiebig d'American Rivers. Chaleur accrue, sol sec, neige fondante : moins d'eau dans rivières et sol.

Les experts prônent la résilience. "Stabiliser en 2022 est dur ; 2050 paraîtra nostalgique", prévient Fiebig.

Correction (31 janvier 2022) : L'étude Nature porte sur 1 204 bassins (non 1 024). Définition clarifiée du stress hydrique et lien direct vers l'étude.

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