Lorsque des espèces coexistent sur le long terme, l'une peut perdre une fonction essentielle si l'autre l'assume déjà.

Ce phénomène de perte compensée de fonction est bien plus répandu dans la nature qu'on ne le pensait, affirment des chercheurs de la Vrije Universiteit Amsterdam et de l'Université du Wisconsin dans une étude publiée dans Ecology Letters.
Une guêpe parasitoïde ne se reproduit plus de manière autonome, car une bactérie a pris en charge la production de ses œufs. Les fourmis coupeuses de feuilles ne digèrent plus les protéines, grâce à un champignon qu'elles cultivent et qui leur fournit des acides aminés. Chez les humains et les primates, la synthèse de vitamine C a disparu, car elle est abondante dans l'alimentation. Jacinthe Ellers précise : « Cette dépendance peut s'avérer coûteuse si le partenaire disparaît, par exemple en raison du changement climatique. Sans lui, les chances de survie sont minces. »
Les scientifiques ont longtemps sous-estimé ce mécanisme, car ses effets restent invisibles tant que le partenaire compense la perte. Aujourd'hui, le séquençage complet de génomes révèle des gènes inactivés, multipliant les cas documentés.
En analysant la littérature scientifique, les chercheurs ont identifié plus de 40 exemples dans des interactions écologiques variées : mutualisme, parasitisme et herbivorie.
Ce phénomène est fréquent chez les parasites et les champignons. Il ouvre des perspectives pour la lutte antiparasitaire en agriculture. « Il ne suffit pas de cibler le parasite ou le champignon, mais aussi les espèces qui compensent leur fonction perdue », explique Ellers. Par exemple, un champignon responsable de la pourriture des tiges dépend d'une bactérie pour sa reproduction : en l'éliminant, on stoppe sa prolifération.