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Ports électriques flottants : l'innovation Maersk pour réduire les émissions polluantes des cargos en attente

La pandémie de COVID-19 a mis en lumière les vulnérabilités de la chaîne d'approvisionnement mondiale, entraînant des congestions massives de cargos dans les ports du globe. Outre les hausses de prix et retards pour les consommateurs, ces embouteillages ont généré une pollution atmosphérique accrue des navires immobilisés.

Aux États-Unis, les ports de Los Angeles et Long Beach, plus grand complexe portuaire de l'hémisphère occidental, ont été particulièrement touchés : jusqu'à 70 navires attendent souvent en mer. Selon le California Air Resources Board, ces attentes ont ajouté quotidiennement 20 tonnes d'oxydes d'azote (responsables du smog) sur deux ans, équivalent à 5,8 millions de voitures supplémentaires dans la région.

Pour contrer ce fléau au-delà de la pandémie, le géant danois Maersk lance un projet innovant via sa filiale Stillstrom ("puissance tranquille" en danois). Il s'agit de bouées de recharge électriques connectées à des câbles sous-marins reliés à des énergies renouvelables terrestres, comme des parcs éoliens.

Une bouée flottante pour démarrer

Le test inaugural aura lieu au large de la Norvège fin 2023, en partenariat avec Ørsted, une experte danoise des énergies renouvelables. Opérationnelle dès le troisième trimestre selon Sebastian Klasterer Toft, responsable capital-risque chez Stillstrom, cette idée née en 2020 vise à étendre l'alimentation à quai en pleine mer.

"Après la preuve de concept, d'ici cinq ans post-commercialisation, nous viserons 50 à 100 ports proches de parcs éoliens, évitant 5,5 millions de tonnes de CO₂ – l'équivalent de 11 millions de barils de pétrole – et supprimant toute pollution particulaire des navires à l'arrêt", explique Toft. Les côtes est et ouest des États-Unis et du Canada sont prioritaires, bien que le système soit ouvert à toute la flotte mondiale.

"Si cela fonctionne, ce sera un grand pas : les navires accèderont à l'électricité zéro émission en mer comme à quai, éteignant leurs moteurs auxiliaires."

David Pettit, avocat principal au NRDC (Conseil de défense des ressources naturelles)

L'industrie maritime, responsable de 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et 10 % des émissions de transport, peine à respecter l'Accord de Paris. Les congestions pandémiques ont amplifié un problème chronique : le 25 janvier, 27 porte-conteneurs attendaient au large de Los Angeles/Long Beach.

Comment cela fonctionne-t-il ?

A quai, les navires modernes se branchent sur l'électricité terrestre pour charger/décharger sans moteur. En attente en mer, ils recourent à des moteurs auxiliaires polluants pour réfrigération, radars, éclairage et pompes, malgré des carburants plus propres exigés dans certains ports comme en Californie du Sud.

Ces émissions impactent la santé : à Los Angeles, elles sont liées à asthme, cancers et problèmes respiratoires dans les communautés vulnérables. Mondialement, la demande accrue et les goulots d'étranglement en Asie aggravent le phénomène, causant décès et maladies inutiles, note Paul Blomerus de Clear Seas.

Les écologistes saluent l'initiative, tout en questionnant son échelle. "Impact potentiel, mais défis opérationnels : gérer de multiples navires avec peu de bouées", tempère Pettit. Stillstrom prévoit plusieurs bouées par câble unique depuis le rivage.

Les progrès s'accumulent : "La volonté de décarbonation est bien plus forte qu'il y a trois ans", conclut Blomerus. Ce projet s'inscrit dans une industrie maritime en mutation vers plus de durabilité.

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