En 2018, 27 millions de tonnes de plastique ont été déversées dans les décharges américaines, principalement sous forme de contenants et emballages comme sachets, sacs ou bouteilles. Même les consommateurs soucieux de l'environnement peinent à éviter ces emballages lors des achats de produits essentiels.
Les bioplastiques sont présentés comme une solution aux emballages jetables : issus de sources végétales, ils se décomposent plus vite et enrichissent potentiellement le sol. Mais quels sont les risques environnementaux ? Une étude publiée dans Environmental Science & Technology montre que les vers de terre dégradent efficacement le bioplastique à base d'acide polylactique (PLA), fabriqué à partir de sucres végétaux. Lei Wang, professeur à l'Université de Nankai, a analysé l'interaction des vers avec divers plastiques.
Les vers de terre, en fouillant le sol pour se nourrir de matière organique, ingèrent ces microplastiques. Bien que documenté pour les plastiques conventionnels, leur impact sur les bioplastiques reste peu étudié.
Le terme "bioplastique" est ambigu : il désigne soit des polymères biosourcés (non forcément biodégradables), soit des plastiques biodégradables. Damien Guironnet (Université de l'Illinois-Urbana Champaign) définit un bioplastique comme un polymère biosourcé traité comme un plastique ordinaire. Ting Xu (UC Berkeley) note l'absence de norme unifiée. Wang préfère "plastiques biosourcés".
"Tous les plastiques sont biodégradables à des degrés divers", explique Wang. Les bioplastiques ne se décomposent pas toujours seuls dans la nature, et les recherches ne montrent pas de différence majeure de pollution avec les plastiques pétroliers.
"La dégradation des biodégradables n'est pas aussi rapide qu'on le pense, pour préserver leur durabilité", précise Wang. Ils attirent toutefois plus les micro-organismes, modifiant les risques écologiques et sanitaires.

Wang a testé quatre plastiques : fossile pur, biodégradable biosourcé (PLA), et deux semi-synthétiques. Les vers évitent les semi-synthétiques (cellulose), mais consomment PLA et PET fossile, dégradant le PLA plus facilement. Ting Xu confirme : le PLA, avec liaisons ester dégradables par enzymes naturelles, se brise plus vite.
Cette rapidité pose problème : après 10 jours, le PLA forme des nanoparticules (1000 fois plus petites qu'un micron), risquant de persister comme microplastiques. "Ils agissent comme des microparticules durables", alerte Xu.
Les microplastiques transportent additifs toxiques (BPA, phtalates, métaux lourds). Les nanoplastiques biosourcés sont sous-étudiés. Guironnet souligne la complexité : empreinte carbone, approvisionnement...
"L'impact chimique est complexe, pas juste 'bio mieux que pétrole'", résume-t-il.
Wang appelle à plus de recherches sur la dégradation des bioplastiques dans le sol et leur valeur nutritive pour les vers. Comprendre l'adaptation des écosystèmes terrestres est crucial.