Plus il y a de vers de terre dans le sol, plus celui-ci est fertile. La manière dont vous cultivez et entretenez votre potager influence fortement la diversité et la composition des populations de vers de terre.

La gestion de votre potager impacte profondément la diversité des vers de terre. Une étude menée par l'Université de Gand sur une quarantaine de jardins potagers le confirme : plus il y en a, plus le sol est sain et fertile.
Les bio-ingénieurs de l'Université de Gand ont analysé les sols pour évaluer divers paramètres et la présence de vers de terre. Au total, environ 2 600 vers de terre représentant 19 espèces différentes ont été recensés. Les potagers ont été classés en trois catégories :
• Jardins de permaculture : sol continuellement couvert, travail minimal du sol et imitation des écosystèmes naturels ;
• Jardins potagers écologiques : minimisation des intrants externes ;
• Jardins potagers conventionnels : utilisation d'engrais sans pesticides.
Les potagers traités aux pesticides n'ont pas été inclus, car il est établi que ces pratiques déciment les populations de vers de terre.
Les permacultures, paradis des vers de terre
Contrairement aux prévisions, les types de gestion n'influencent pas significativement le statut nutritionnel des sols potagers. La plupart présentent un excès d'éléments nutritifs comme l'azote et le phosphore. « Cette surfertilisation risque de polluer les eaux souterraines et de surface », alerte Jan Mertens, responsable de l'équipe de recherche à Gand. « Sans réglementation comme pour l'agriculture (décret sur le fumier), une sensibilisation accrue s'impose. »
En revanche, la gestion a un impact majeur sur les populations de vers de terre. Les jardins de permaculture affichent la plus forte densité (moyenne de 369/m²), soit 83 % de plus que les potagers écologiques (202/m²) et presque le double des conventionnels (189/m²). Leur diversité spécifique est également supérieure et ressemble davantage aux écosystèmes naturels, contrairement aux sols bêchés qui évoquent les champs agricoles. Les potagers écologiques ou permacultures surpassent ainsi les cultures intensives (150/m² en moyenne).
Ingénieurs du sol
Les vers de terre sont bien plus que des proies pour oiseaux et taupes. Aristote les qualifiait déjà de « tripes de la Terre ». Ils transforment la matière végétale en humus, bouclant le cycle des nutriments.

² Stephanie Schelfhout (UGent) étudie l'impact des espèces d'arbres sur les sols.
Charles Darwin les considérait comme l'espèce la plus importante de la planète, après 40 ans d'études. Son livre de 1881 rivalise en succès avec L'Origine des espèces. Il observa leurs préférences alimentaires, réactions à la lumière ou au son, éclairant leur rôle dans la formation du sol et sa fertilité.
Drainage
Face aux changements climatiques, urbanisation, pollution et artificialisation des sols, les vers de terre restent cruciaux. Bart Muys (KU Leuven), pionnier de leur étude en Flandre depuis 1984, les nomme « ingénieurs de l'écosystème ». Comme les castors, leur faible biomasse cache un impact majeur.
Les vers anéciques creusent des galeries verticales permanentes, tirant la nourriture de surface vers le bas. Ils décomposent la litière (feuilles) et favorisent les processus chimiques recyclant les nutriments.
Les feuilles d'érable, frêne et tilleul, riches en calcium, sont bien digérées ; les aiguilles d'épicéa, pauvres, le sont moins.
Ils aèrent et mélangent le sol, améliorant l'infiltration de l'eau et évitant la compaction qui asphyxie les racines. Un sol riche en vers signale un écosystème sain.
Érosion
Les excavateurs profonds luttent contre l'érosion. Jan Valcx, sous la direction de Bart Muys, l'a prouvé en manipulant leurs populations sur pentes limoneuses, combiné à l'agriculture de conservation (sans labour). Les galeries verticales drainent mieux, réduisant le ruissellement des sédiments.
Le labour détruit habitats et couloirs, privant les survivants de nourriture. Les techniques sans inversion et avec résidus de récolte ou couverts végétaux boostent les populations.
Forêts acidifiées
L'acidification (oxydes d'azote, ammoniac) ralentit la décomposition, décimant les vers. Les pluies acides persistent malgré les progrès sur le soufre. Certaines litières (hêtre, chêne) résistent plus que d'autres (cerisier, tilleul).
Stephanie Schelfhout (UGent) confirme : érable, frêne et tilleul favorisent les vers grâce à leurs feuilles calcium-riches, accélérant la formation d'humus. L'épicéa acidifie et assèche, limitant la vie du sol.
Dans votre potager
Schelfhout et Dieter Anseeuw (Vives) étudient actuellement potagers conventionnels vs bio/permaculture à Roulers. Les jardins privés regorgent souvent de 13 espèces adaptées aux perturbations urbaines.

Introduire massivement des vers ? Une expérience de Muys à Aelmoeseneie (UGent) montre que combiner abattage, plantation (frênes), nutriments et vers restaure rapidement l'écosystème.
Comment attirer les vers de terre dans votre jardin ?
• Évitez les sols nus : engrais verts comme nourriture.
• Compostez, pas d'engrais chimiques.
• Travaillez sans inversion : aérez au motoculteur.
• Limitez machines lourdes compactant le sol.
• Optez pour un lombricomposteur en petit espace.
• Mythe : un ver coupé ne survit pas en deux ; la tête peut régénérer une queue.
• Observez-les au printemps/automne. Contribuez via www.waarnemingen.be.
Cet article est une version mise à jour d'un article paru dans Eos en 2014 (numéro de décembre).
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