Tous les hiboux ne sont pas strictement nocturnes. Sur plus de 200 espèces existantes dans le monde, la grande majorité sont nocturnes ou crépusculaires, chassant au crépuscule, la nuit ou à l'aube. Cependant, certaines sont diurnes ou cathémérales, actives principalement le jour ou à tout moment.
Ce comportement dépend souvent de l'habitat et du régime alimentaire. Par exemple, les harfangs des neiges, qui passent l'été dans l'Arctique où le soleil brille de 12 à 24 heures par jour, se nourrissent principalement de lemmings, plus faciles à repérer en toundra en pleine lumière.
Une étude publiée aujourd'hui dans la revue PNAS révèle une "inversion évolutive" chez l'un des plus grands groupes de hiboux actuels et fournit "la première preuve fossile d'un comportement diurne" chez les oiseaux, selon son résumé.
Cette recherche porte sur un squelette exceptionnellement bien conservé de la formation de Ma Liushu, dans le nord de la Chine. Mesurant environ 30 cm de la tête aux pieds, Miosurnia diurna, daté de 6 à 10 millions d'années, est apparenté aux chouettes diurnes modernes comme la chouette des terriers et la chouette épervière.
Des paléontologues de l'Académie chinoise des sciences ont analysé la taille et la forme des os de l'œil, du crâne et de la jambe de cet oiseau éteint, en les comparant à celles de ses cousins modernes. Les caractéristiques morphologiques du fossile correspondent étroitement aux espèces diurnes du groupe Surniini, incluant plusieurs hiboux nord-américains comme le hibou des marais et le hibou nain ferrugineux.

Ils ont également disséqué une boulette de régurgitat non digérée trouvée dans l'estomac du spécimen, révélant des os de petits mammifères similaires à ceux des crécerelles – un petit faucon diurne – de la même époque. Ces deux oiseaux ont peut-être coexisté dans la savane sèche du plateau tibétain, mais avec des stratégies de chasse distinctes, précisent les chercheurs.
Contrairement à d'autres hiboux anciens adaptés à l'obscurité par leur vue, ouïe et odorat, Miosurnia diurna présentait des adaptations diurnes : grands yeux et oreilles moins tubulaires, traits partagés avec les hiboux des prairies actuels. L'étude attribue ce virage diurne à l'expansion des habitats steppiques et au refroidissement climatique de la fin du Miocène.
Pour Jonathan Slaght, biologiste à la Wildlife Conservation Society, l'environnement de Miosurnia diurna est aussi fascinant que son évolution. "C'est précieux de montrer des hiboux dans les savanes", note-t-il, les archives fossiles des oiseaux de prairies étant lacunaires. Il voit des parallèles avec le hibou de Blakiston qu'il étudie en Sibérie : tous deux sont des exceptions chez les Strigidae, dépourvus de disques faciaux larges ou de vol silencieux, adaptés à des chasses diurnes ou crépusculaires en milieux ouverts.
Les os de Miosurnia diurna suggèrent des talents de chasse spécialisés, mais son ADN pourrait en révéler davantage. Les auteurs soulignent que les bases génétiques des adaptations diurnes méritent de futures recherches. Cela interroge l'évolution des hiboux : qu'est-ce qui les a rendus si uniques ? Slaght apprécie leur imprévisibilité : "J'aime quand les hiboux surprennent."