À la fin du Dévonien, il y a environ 374 millions d'années, la concentration d'oxygène dans les océans mondiaux a chuté de manière drastique, provoquant la deuxième grande extinction de masse de l'histoire de la Terre.
Au cours de la période dévonienne (de 419 à 359 millions d'années), la biodiversité était concentrée dans les mers et océans. Les continents étaient déjà colonisés par des plantes encore petites en début de période. Pourtant, les mers pullulaient de gros poissons, dont les premiers requins. Les invertébrés marins comme les calmars et scorpions de mer abondaient, et les récifs coralliens prospéraient.
À cette époque, la Terre était une immense serre : la concentration de CO2 atmosphérique était plusieurs fois supérieure à celle d'aujourd'hui. Mais cet effet de serre n'explique pas l'extinction massive survenue il y a 374 millions d'années, qui a décimé la vie marine, y compris des espèces que nous ne connaîtrons jamais. Les scientifiques savaient que l'effondrement de l'oxygène océanique en était la cause. Reste à savoir : qu'a provoqué cette asphyxie des mers ?
Une équipe internationale de géologues, incluant un chercheur belge, apporte désormais la réponse. L'asphyxie fut exceptionnellement rapide : en moins d'un million d'années – un clin d'œil géologique –, l'oxygène a été divisé par deux. Preuves à l'appui : deux couches de schiste noir riches en matière organique, observées en Asie, Europe et Amérique du Nord. Ce sédiment argileux indiquant un environnement anoxique, où la décomposition était impossible.
Seulement 600 000 ans séparent ces deux couches, datées via l'excentricité orbitale de la Terre – mesure de l'élongation de son orbite solaire. Il y a 374 millions d'années, cette excentricité fut faible longtemps, rendant l'orbite quasi circulaire. Résultat : climat stable, courants océaniques lents et mélange insuffisant des eaux de surface et des profondeurs, favorisant l'anoxie.
Cette « influence cosmique » n'explique pas la consommation fulgurante d'oxygène. Les chercheurs pointent les plantes terrestres : au Dévonien, racines profondes, tiges, troncs et branches se développent. La matière végétale morte charriée par les rivières vers les mers y pourrit, épuisant l'oxygène dissous.
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