L’Union européenne a entamé la phase d’élimination progressive du pétrole russe sur l’ensemble du continent d’ici fin 2022, en réponse à l’invasion de l’Ukraine. Le bloc avance également sur des plans pour se défaire du gaz russe. Avant le conflit, la Russie couvrait plus d’un tiers des besoins en pétrole et gaz de l’UE.
La société énergétique publique russe Gazprom a récemment coupé l’approvisionnement en gaz à la Pologne, ce pays refusant de payer en roubles. La Pologne s’est tournée vers l’Italie et la France pour s’approvisionner, et la Russie a menacé de représailles contre ces pays fournisseurs.
Ces tensions ont provoqué une flambée des prix de l’énergie en Europe, rendant les factures insoutenables pour de nombreux ménages. L’évolution des coûts reste incertaine.
Gazprom affirme poursuivre ses ventes de gaz naturel en Europe à court et moyen terme. L’économie russe, elle, pâtit de sanctions internationales prolongées.
Si l’UE semble en mesure de diversifier ses sources d’hydrocarbures, la réalité est plus complexe. James Glynn, chercheur principal au Center on Global Energy Policy de l’Université de Columbia, explique à Popular Science que l’infrastructure existante pose un obstacle majeur.
« L’urgence porte sur le gaz naturel », souligne Glynn. « Le défi réside dans sa capacité de transport. Les consommateurs dépendants du gaz russe se concentrent aux frontières est de l’Europe, tandis que les capacités inutilisées sont à l’ouest. »
Sans gazoducs est-ouest adéquats, l’UE doit innover : construction de nouveaux pipelines à long terme, ou transport routier/ferroviaire à court terme, surtout si la Russie étend ses coupures.
L’Allemagne, très dépendante (12 % de son pétrole et 35 % de son gaz naturel russes), risque une crise énergétique si Gazprom réplique comme avec la Pologne, ce qui impacterait gravement son économie.
Ce dilemme pourrait accélérer la transition vers les énergies renouvelables. L’UE vise 45 % de ses besoins énergétiques couverts par ces sources d’ici 2030. Toutefois, certains pays optent pour des solutions temporaires comme le gaz ou le charbon, au détriment de l’environnement.
« Il reste incertain si cela mènera à une transition durable ou à un recours accru au gaz et au charbon », note Glynn.
Avec la hausse mondiale des prix du gaz, le charbon gagne du terrain pour l’électricité, fourni par les États-Unis ou la Colombie. Plus polluant, il émet 40 % de gaz à effet de serre en plus que le gaz naturel.
Les militants climatiques pressent les leaders européens d’accélérer la sortie des fossiles, avec des manifestations massives ces derniers mois.
L’indépendance énergétique via le solaire et l’éolien réduirait la vulnérabilité aux conflits géopolitiques, en couvrant les besoins sans importations fossiles.
Le conflit russo-ukrainien étant imprévisible, les scénarios énergétiques européens pourraient évoluer rapidement. Une chose est sûre : l’abandon des hydrocarbures russes semble s’imposer durablement.