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Guide expert : Choisir, acheter et entretenir des tissus durables pour une mode responsable

La paralysie de l'analyse – être submergé par les options au point de ne plus pouvoir décider – prend un nouveau sens avec le changement climatique. Faire le « bon » choix n'a jamais été aussi complexe, mais nous sommes là pour vous guider. Découvrez Impact, notre nouvelle série dédiée à la durabilité par PopSci.

Les achats de vêtements peuvent s'avérer écrasants. Entre tailles incohérentes et tendances éphémères, choisir un jean relève souvent du parcours du combattant. Une dimension supplémentaire pour les consommateurs : le choix du tissu. Les étiquettes vantent le coton bio à côté de 100 % rayonne, et chaque nouveau mélange de fibres promet plus de douceur, de durabilité ou d'évacuation de l'humidité.

Pour adopter des habitudes d'achat durables, opter pour des pièces en tissus de haute qualité et résistants est un excellent point de départ. Cela permet de garder vos vêtements à la mode loin des décharges. Hélas, les experts soulignent que définir la « haute qualité » n'est pas si simple.

Définir les tissus de « haute qualité »

Huantian Cao, professeure au Département d'études de la mode et de l'habillement de l'Université du Delaware, explique que la « haute qualité » varie selon les consommateurs. Le prix ne garantit pas la qualité. Certains privilégient la durabilité, d'autres les tissus bio sans pesticides ni produits chimiques.

« La laine coûte plus cher que le coton car sa production demande plus de ressources et reste limitée », précise Cao. « Le polyester est très durable, mais abordable. Le coût n'est donc pas un indicateur fiable. Pour évaluer qualité et durabilité, il faut considérer la longévité. »

Un critère clé : le nombre de fils. Plus il est élevé, plus le tissu est dense et résistant. Outre le prix et le filage, évaluez la durabilité inhérente à chaque fibre.

Les fibres naturelles nécessitent terres, eau et engrais (le coton est gourmand en pesticides). Les synthétiques libèrent des microplastiques. Pourtant, Cao nuance : les synthétiques ne sont pas forcément moins durables.

« Il est quasi impossible de déclarer un matériau plus écologique qu'un autre », affirme-t-elle. « De nombreuses variables entrent en jeu. Dire que le coton est plus vert que le polyester est faux. »

Entretenir et réparer les tissus que vous possédez déjà

Face à cette complexité, comment choisir ? Meg Stively, couturière à domicile et animatrice du podcast Seamwork Radio, insiste : vos tissus existants sont plus durables que l'achat neuf. Il suffit de savoir les entretenir.

« Le raccommodage est l'un des moyens les plus efficaces pour prolonger la vie des vêtements », déclare Stively. « Réparez-les, et ils éviteront la décharge plus longtemps. Au travail ! »

De nombreux tutoriels en ligne couvrent le raccommodage, des chaussettes aux déchirures. YouTube regorge de guides pour débutants. Stively conseille de commencer par les tissus tissés.

« Les tissus tricotés comme les t-shirts ou leggings de sport sont plus délicats pour les novices. Le raccommodage fonctionne mieux sur les tissés. »

Les tissés incluent denim, tweed, flanelle, lin... Leurs fils sont plus tolérants aux réparations que les tricotés, qui « coulent » plutôt que de se déchirer. Les réparations visibles gagnent en popularité : patchs, sashiko ou reprises colorées.

« Utilisez un fil contrasté ou un motif différent pour une touche personnelle, comme un patch décoratif. Invisible ou assumé, à vous de voir ! »

Acheter d'occasion : durable si vous savez repérer les bons tissus

Pour des vêtements durables, tournez-vous vers l'occasion et customisez. Attention toutefois à l'accessibilité des grandes tailles, note Stively.

Redonner vie à des pièces usées ou démodées évite les achats neufs. Sur TikTok, #upcycling cartonne : @delikadodesigner et @ysabelhilado cumulent des millions de vues.

« Les friperies s'orientent vers des pièces à coudre : ajouter de la forme, ourler. Les taches ou trous invitent à créer ! »

Pour dénicher qualité, apprenez à reconnaître les tissus : lycra vs dentelle. Sans étiquettes, fiez-vous au toucher.

« Observez drapé, froissement, tissage. Frottez : si ça bouloche, ça le fera à l'usage. »

Cao et Stively préconisent de réduire la consommation via qualité et réparations. En 2018, 11,3 millions de tonnes de textiles ont fini en décharge, contre 17 millions produites et 2,5 recyclées.

« Pensons long terme », conclut Cao. « La surproduction dépasse nos besoins. Réduire la consommation est clé pour la durabilité. »


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