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Hausse alarmante des intoxications au cannabis chez les animaux de compagnie : une étude confirme la tendance

Les cas d'intoxication au cannabis chez les animaux de compagnie ont fortement augmenté ces dernières années, selon une enquête menée auprès de vétérinaires au Canada et aux États-Unis.

Les chercheurs ont interrogé 251 vétérinaires sur la fréquence, les circonstances et les symptômes d'intoxication au cannabis (également appelée toxicose induite par le cannabis) observés depuis la légalisation du cannabis récréatif au Canada en 2018. Les chiens sont les victimes les plus courantes, les produits comestibles étant la cause principale suspectée. Les animaux touchés présentent souvent une désorientation, une léthargie et un rythme cardiaque anormalement lent, mais la plupart se rétablissent complètement, comme rapporté le 20 avril dans la revue PLoS ONE.

"[La toxicité du cannabis] devient de plus en plus courante depuis la légalisation", explique Jenica Haraschak, spécialiste des urgences et soins intensifs à l'Université de l'Illinois College of Veterinary Medicine, qui n'a pas participé à cette étude. "Il est désormais sur la table de la cuisine, plus accessible aux animaux."

Les vétérinaires constatent une hausse des intoxications liées au cannabis, une tendance validée par cette nouvelle recherche. "C'est passionnant de voir une étude confirmer ce que nous observons tous", ajoute-t-elle. "Cela sensibilise le public à ce problème croissant."

Le Canada a légalisé la culture, l'achat et l'usage récréatif du cannabis pour les adultes en octobre 2018. Aux États-Unis, le Colorado et Washington ont ouvert la voie en 2012, suivis par 16 autres États et Washington D.C. L'ASPCA a noté une augmentation des cas, mais les données manquaient jusqu'ici, précise Jibran Khokhar, neuroscientifique au Collège vétérinaire de l'Ontario (Université de Guelph) et coauteur de l'étude.

"L'objectif était de mieux comprendre la toxicose et sa prévalence", indique-t-il. "Nous avons identifié les symptômes les plus courants chez toutes les espèces."

L'enquête auprès de 191 vétérinaires canadiens et 60 américains révèle une hausse des cas après l'automne 2018. La majorité des répondants notant un changement rapportent une augmentation.

Cette tendance s'explique par la plus grande disponibilité des produits pour humains post-légalisation, et une plus grande transparence des propriétaires envers les vétérinaires, selon Khokhar.

Les symptômes varient : miction incontrôlée (fréquente), désorientation, incoordination, léthargie, bradycardie, contractions musculaires, hypersensibilité au bruit, à la lumière ou aux odeurs, jusqu'à des convulsions rares.

Les animaux se rétablissent généralement avec surveillance, fluides IV ou anti-vomitifs. Quelques décès ont été signalés, mais sans lien direct clair avec le cannabis – le chocolat dans les edibles étant aussi toxique.

Les chiens sont les plus touchés, mais chats, iguanes, furets, chevaux et cacatoès sont aussi concernés. Sources courantes : edibles non surveillés, matière végétale, mégots, beurre/huile infusés, compost.

Ces résultats doivent être nuancés : biais possibles dus à la mémoire des propriétaires ou vétérinaires. Certains cas pourraient impliquer une administration intentionnelle, note Khokhar.

Le THC est probablement responsable, mais des doses contrôlées pourraient soulager douleurs et nausées chez les animaux. Des recherches sur THC et CBD sont nécessaires ; les produits pour animaux ne sont pas réglementés au Canada ni aux États-Unis.

"On ignore la teneur en CBD et ses effets réels", avertit Haraschak. "Sans régulation, mieux vaut s'abstenir."

L'équipe de Khokhar étudie le métabolisme du THC chez le chat et des antidotes potentiels. Des travaux sur doses létales et interactions (chocolat, xylitol) sont appelés de leurs vœux.

Cette étude vise à sensibiliser : rangez les produits hors de portée, mais en cas d'accident, surveillez les symptômes.

"Vous saurez quoi chercher", dit Khokhar. "Consultez un vétérinaire sans tarder."

Informez pleinement votre vétérinaire, insiste Haraschak : "Nous ne jugeons pas, surtout post-légalisation. Ces détails aident à poser un diagnostic précis et à optimiser les soins."

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