Un étudiant sur sept débute l'automutilation au collège. De récentes recherches identifient précisément les profils à risque et les moments critiques. Grâce à un test d'aptitude mentale en début de première année et une application smartphone, il est possible d'intervenir efficacement pour prévenir ce comportement.
Une idée reçue persistante associe l'automutilation à une quête d'attention, alors que les étudiants concernés évitent justement d'être remarqués. Ce tabou explique cette méconnaissance. En réalité, l'automutilation signale des difficultés profondes.
L'automutilation est un moyen de coping face aux émotions négatives, pensées intrusives et/ou au stress.
En collaboration avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS), nous avons étudié l'automutilation auprès de plus de 20 000 étudiants dans le monde. Ce phénomène est presque aussi fréquent chez les garçons que chez les filles. Environ 8 % des étudiants de première année déclarent s'être automutilés au cours de l'année écoulée. De plus, un sur sept commence pendant ses études. La moitié d'entre eux adoptent des comportements répétitifs. En Flandre, cela concerne plus de 15 000 étudiants.
L'automutilation détourne l'attention des émotions négatives, pensées sombres ou stress vers une douleur physique. Elle libère des substances comme l'adrénaline, procurant un engourdissement temporaire et un soulagement bref. S'ensuivent souvent honte et autocritique, perpétuant un cercle vicieux.
Ce sont des étudiants portant un "sac à dos" lourd de vulnérabilités, les rendant moins résilients face aux défis du collège.
Pour mon doctorat, j'ai suivi des milliers de jeunes adultes tout au long de leurs études supérieures. L'automutilation résulte rarement d'une cause unique, mais d'une combinaison de facteurs : négligence, abus, difficultés identitaires, harcèlement, troubles mentaux, manque de soutien social. Ces "sacs à dos émotionnels" réduisent la résilience face aux transitions, pressions et incertitudes étudiantes.

Sur la base d'un questionnaire en ligne en début de première année, nous évaluons le risque d'automutilation.
En modélisant mathématiquement ces vulnérabilités, nous prédisons les risques et identifions les étudiants nécessitant un soutien précoce. Un test d'aptitude mentale à l'entrée en enseignement supérieur pourrait réduire de moitié les cas. L'automutilation étant un facteur de risque suicidaire, cette approche est cruciale.
Le smartphone ne remplace pas le psychologue, mais intervient aux moments critiques.
Pour ceux chez qui la prévention échoue, les listes d'attente et le seuil d'aide restent des obstacles. Or, l'impulsion à s'automutiler survient en moins de 30 minutes. Une app sécurisée peut détecter les signaux précoces via des questions quotidiennes sur l'état émotionnel.

Pour les étudiants automutilants, des questions smartphone identifient les risques aigus en vie réelle.
En cartographiant émotions et schémas cognitifs, l'app propose des alternatives (course, respiration) ou encourage le soutien social aux moments critiques. Des recherches supplémentaires affineront ces outils personnalisés.

Ces questions révèlent les déclencheurs spécifiques. Source : Glenn Kiekens via Le projet quotidien.
Parents, amis ou proches : initiez un dialogue bienveillant, écoutez sans juger, exprimez votre souci. Évitez d'exiger l'arrêt immédiat – c'est souvent leur seul coping. Proposez d'alléger leur fardeau et encouragez une aide professionnelle. Le lien social protège et brise l'isolement. Prenez aussi soin de vous !
Consultez la Fondation de l'automutilation (https://www.zelfschade.nl/). Pour une écoute : Tele-Onthaal au 106 ou https://www.tele-onthaal.be/. Idées suicidaires : Suicide Line au 1813 ou https://www.zelfmoord1813.be/.
Glenn Kiekens, nominé pour la Flemish PhD Cup. Découvrez mes recherches sur www.phdcup.be.