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Forage pétrolier en Arctique : trésors enfouis et risques environnementaux majeurs

L'Arctique représente un environnement extrême pour les plateformes de forage. Les fuites d'huile y causent des dommages plus graves en eau froide qu'en zones tempérées.

Forage pétrolier en Arctique : trésors enfouis et risques environnementaux majeurs

Les compagnies énergétiques s'aventurent toujours plus loin en Arctique à la recherche de pétrole et de gaz naturel. La semaine dernière, une plateforme pétrolière russe près de l'archipel de Novaya Zemlya a livré le premier pétrolier chargé de 70 000 tonnes de pétrole arctique. Le président Poutine s'en est félicité avec fierté. Cependant, l'Arctique est un milieu hostile pour les humains comme pour les installations pétrolières. De surcroît, les fuites d'huile infligent des dégâts amplifiés dans les eaux froides par rapport aux régions plus chaudes.

Ces 70 000 tonnes, destinées au port de Rotterdam, proviennent de la plateforme Prirazlomnoye, située en mer de Pechora entre Novaya Zemlya et le continent russe. Cette installation a défrayé la chronique lors d'une action de Greenpeace en septembre 2013, quand des militants, dont deux Néerlandais, ont tenté d'y grimper. Arrêtés et emprisonnés plusieurs mois, ils ont été libérés ultérieurement. Leur navire, l'Arctic Sunrise sous pavillon néerlandais, reste saisi à Mourmansk. Greenpeace s'oppose fermement à l'extraction pétrolière en Arctique, craignant une catastrophe écologique. Le gouvernement russe, lui, y voit un atout économique et un levier sur le marché énergétique mondial.

Trésors sous la glace

Les conséquences des forages arctiques sont mieux connues que celles d'autres régions polaires. Sous les eaux froides de l'océan Arctique reposent d'importantes ressources minérales. On estime que la région détient 20 % des réserves mondiales non découvertes de pétrole et de gaz : 13 % du pétrole mondial et 30 % du gaz. Seul le gisement Prirazlomnoye renferme 72 millions de tonnes de pétrole récupérable. Les cinq nations arctiques (Russie, Norvège, Groenland/Danemark, Canada, États-Unis) peuvent octroyer des permis d'exploration dans leurs zones économiques exclusives (ZEE, jusqu'à 370 km des côtes).

Les premiers forages datent des années 1940 en Alaska, initialement terrestres, puis offshore. Aujourd'hui, Statoil (Norvège) prospecte en mer de Barents, et plusieurs majors opèrent près de Novaya Zemlya. Des réglementations strictes s'appliquent, bien que la Russie soit plus souple que les États-Unis.

Un iceberg peut racler le fond marin et endommager un pipeline insuffisamment enfoui.

Au-delà du pétrole et du gaz, les fonds abritent diamants et uranium, alimentant les revendications territoriales des cinq États arctiques. L'expédition russe de 2007, qui planta un drapeau au pôle Nord, illustre cette compétition.

Cette soif d'exploration n'est pas nouvelle : au XVIIe siècle, les Néerlandais exploitaient la graisse de baleine au Spitzberg ; de 1916 à 1962, des mines de charbon y fonctionnèrent. Les conditions restent rudes et coûteuses, mais la hausse des prix de l'énergie et la fonte des glaces attirent les investisseurs.

Milieu hostile

Shell en a fait l'amère expérience (voir encadré 'Les déboires de Shell'). Les équipes affrontent météo extrême, cycles jour-nuit perturbés et isolement. Les matériaux résistent aux vents, glaces hivernales et tempêtes estivales. Les plateformes utilisent du gazole d'hiver et surveillent la banquise via technologies avancées. En cas de collision avec un iceberg, un système d'urgence permet de déconnecter la plateforme du puits.

Le forage polaire est complexe : percer le pergélisol génère de la chaleur fondant la glace, rendant les trous instables. Le tubage doit isoler l'huile chaude pour éviter les effondrements.

Des incertitudes pèsent sur la production et l'environnement, selon Bas Bolman de Wageningen UR (IMARES), expert en écosystèmes marins durables. « Un iceberg peut heurter un pipeline peu profond. Le pétrole libéré reste piégé sous la glace l'hiver, resurgissant ailleurs au dégel. Nous manquons encore de solutions. »

En cas de fuite, le froid épaissit l'huile et les dispersants perdent en efficacité. La biodégradation est ralentie, prolongeant la pollution. Les chaînes alimentaires arctiques, courtes (algues → coquillages → morses), rendent les espèces vulnérables.

Les risques l'emportent-ils sur les bénéfices ? Bolman se garde de trancher : « La science évalue les impacts ; les décisions reviennent à la communauté internationale. »

Les déboires de Shell

Shell a obtenu des permis en Alaska en 2005-2008, mais la marée noire BP (2010) et des recours ont retardé les opérations jusqu'en 2012. Des incidents – dôme de sécurité défaillant, banquise, incendie, échouement – ont plombé l'année. Shell a suspendu en 2013 ; un jugement de 2014 a invalidé les autorisations pour vice de procédure environnementale.

Vidéo : La biologiste marine Martine van den Heuvel-Greve (IMARES) expose ses recherches au Spitzberg sur les impacts arctiques.

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